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RIPOSTE SEFARADE

De gauche à droite : Les Tchèques après leur libération, avec l'ambassadeur tchèque au Liban Svatopluk Cumba (centre gauche) et Abbas Ibrahim (centre droite) (Source : Al-Safir, Liban, 5 février 2016)

De gauche à droite : Les Tchèques après leur libération, avec l'ambassadeur tchèque au Liban Svatopluk Cumba (centre gauche) et Abbas Ibrahim (centre droite) (Source : Al-Safir, Liban, 5 février 2016)

Introduction

Le 1er février 2016, quatre agents de sécurité étrangers du Hezbollah ont été arrêtés en France, accusés de diriger un réseau international qui utilise des millions de dollars générés par le trafic de drogue pour financer les activités militaires de l’organisation en Syrie. Selon un responsable de la US Drug Enforcement Agency (Agence américaine de lutte antidrogue – DEA), la division du Hezbollah était « un flot de revenus et d’armes… responsable d’attentats dévastateurs à travers le monde », et d’autres arrestations de ce type suivront probablement. Sept pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et la Belgique, étaient impliqués dans l’enquête et les arrestations. Selon les sources, les agents du Hezbollah pourraient être extradés vers les États-Unis.

Cette affaire rappelle plusieurs événements antérieurs : l’arrestation à Prague en avril 2014, pour des accusations similaires, de trois ressortissants libanais, puis l’enlèvement de cinq ressortissants tchèques au Liban en juillet 2015, et récemment la signature d’un accord secret entre le gouvernement tchèque et les éléments libanais responsables de l’enlèvement, qui a abouti à la libération des Tchèques et des Libanais détenus à Prague.

Ce rapport examine les deux affaires, leurs similitudes et leur connexion.

Janvier 2016 : Sur la demande des Etats-Unis, la France a arrêté des agents du Hezbollah pour trafic de drogue et financement du terrorisme

Le 1er février 2016, la DEA a annoncé l’arrestation d’un certain nombre d’agents de sécurité étrangers du Hezbollah, accusés d’être à la tête d’un réseau international de trafic de drogue pour une valeur de plusieurs millions de dollars, de blanchir les profits et d’utiliser les fonds pour acheter des armes destinées aux opérations militaires du Hezbollah en Syrie. L’un des agents, membre d’une cellule européenne du Hezbollah, Mohamed Noureddine, est un blanchisseur d’argent libanais qui travaillait pour le compte du Hezbollah, canalisait ses fonds via une société libanaise lui appartenant, et entretenait des liens directs avec des commerciaux et des terroristes du Hezbollah au Liban et en Irak. Selon la DEA, le réseau a été créé par Imad Moughnieh, le chef des opérations du Hezbollah qui a été éliminé à Damas en 2008.

Le réseau est aujourd’hui exploité par le représentant du Hezbollah à Téhéran, Abdallah Safieddine, et l’homme d’affaires Adham Tabaja, un responsable du Hezbollah récemment classé Specially Designated Global Terrorist (Terroriste mondial expressément désigné – SDGT) par les Etats-Unis. Le Hezbollah travaillait avec les cartels de la drogue sud-américains, fournissant de la cocaïne aux marchés américains et européens. Toujours selon la DEA, l’enquête, ouverte en février dernier, a permis de découvrir un réseau sophistiqué de passeurs d’argent qui transfèrent des millions d’euros de profits issus de la drogue vers le Moyen-Orient, dont une grande partie via le Liban. Selon la DEA, « cette enquête en cours couvre le monde entier… et met en lumière une fois de plus le lien existant à l’échelle globale entre trafic de drogue et terrorisme ». [1]

Si l’annonce de la DEA ne donne pas le nombre de personnes arrêtées ni le lieu des arrestations, le quotidien libanais Al-Nahar a informé que quatre citoyens libanais ont été arrêtés en France fin janvier 2016. L’un d’eux, Noureddine, a été appréhendé alors qu’il débarquait d’un vol à destination de la France. [2] L’article indique que cette cellule opérait à Abidjan (Côte-d’Ivoire), en Belgique et en Amérique latine, Paris étant le pôle de transfert des fonds. Selon les sources d’Al-Nahar, les détenus pourraient être extradés vers les États-Unis.

Toujours d’après Al-Nahar, quelques semaines plus tôt, les autorités françaises avaient arrêté le fils d’une « figure » libanaise, également pour trafic de drogue et blanchiment de fonds au profit d’une « organisation terroriste ». Selon l’article, les autorités américaines auraient demandé l’extradition, dans le cadre de la coopération habituelle entre les pays dans de tels cas. Toutefois, le père du jeune homme a tenté avec beaucoup de difficultés d’obtenir la libération de son fils et sa disculpation de toutes les accusations portées contre lui, même si lors de son arrestation, ce dernier a été trouvé en possession d’une importante somme d’argent. [3]

Cas similaire : L’arrestation d’associés du Hezbollah pour trafic de drogue en République tchèque – menant à l’enlèvement de ressortissants tchèques au Liban

Cette récente arrestation d’agents du Hezbollah en France, et les efforts pour obtenir la libération de l’un d’eux avant son éventuelle extradition vers les États-Unis, rappellent une autre affaire qui a commencé en République tchèque il y a deux ans et ne s’est conclue que récemment au Liban.

En avril 2014, à la demande des Etats-Unis, les autorités tchèques ont arrêté à Prague trois ressortissants libanais, Ali Fayad, Faouzi Jaber et Khaled Marabi, soupçonnés de trafic de drogue et d’armes avec les FARC [Forces armées révolutionnaires de Colombie], organisation colombienne désignée par le Département d’Etat américain comme Foreign Terrorist Organization [organisation terroriste étrangère]. Selon des informations des médias arabes et libanais, Fayad serait un associé du Hezbollah [4] et également un citoyen ukrainien. Au moment de son arrestation, il était conseiller des affaires du Moyen-Orient au ministère de la Défense ukrainien et était impliqué dans des transactions d’armes avec divers pays arabes. [5]

En juillet 2015, cinq ressortissants tchèques ont été enlevés dans la vallée de la Bakaa à l’ouest du Liban, avec leur chauffeur libanais qui était venu les chercher à l’aéroport de Beyrouth. Le chauffeur s’est révélé plus tard n’être nul autre que Saib Fayad, frère d’Ali Fayad, l’un des Libanais arrêtés par les Tchèques à Prague. Parmi les Tchèques enlevés figuraient deux journalistes, apparemment présents au Liban pour couvrir « l’histoire Ali Fayad », un interprète, l’avocat de Fayad et un officier des renseignements de l’armée tchèque.

L’enlèvement des Tchèques a-t-il été mis en scène dans le but d’obtenir la libération de Fayad ?

Le quotidien libanais Al-Safir a rapporté que l’enlèvement des Tchèques s’était déroulé au moment même où la République tchèque s’apprêtait à extrader Ali Fayad et deux autres ressortissants libanais vers les États-Unis. Selon des articles de presse libanais, les forces de sécurité libanaises ont rapidement compris qu’il s’agissait d’un enlèvement non pour obtenir une rançon, mais dans un but différent : celui d’aboutir à un accord avec la République tchèque pour libérer les Tchèques en échange d’Ali Fayad [6]. D’autres médias libanais ont rapporté que l’enlèvement a été mis en scène, avec la complicité du chauffeur, le frère de Fayad, de l’avocat de Fayad et de l’officier des renseignements tchèques, afin d’ouvrir des négociations avec la République tchèque pour la libération de Fayad. Une source diplomatique a même affirmé à Al-Safir que l’avocat de Fayad avait été généreusement rémunéré pour sa participation. [7]

Un responsable de la sécurité libanaise a rapporté qu’ « un élément politique libanais » ayant des liens avec Fayad avait organisé l’enlèvement des Tchèques ; il tentait d’insinuer que le Hezbollah était derrière ces événements. [8]

Les négociations secrètes via l’associé du Hezbollah ont mené à un échange de prisonniers

Suite à l’enlèvement des Tchèques, une délégation des renseignements tchèques est arrivée au Liban pour s’entretenir avec le chef de la Direction généralede la Sûreté générale libanaise Abbas Ibrahim, qui était en contact avec les ravisseurs. [9] Ibrahim, notons-le, est réputé pour ses bonnes relations avec le Hezbollah, et la Direction générale de la Sûreté générale est considérée comme proche du mouvement.

Selon les médias libanais, les négociations pour libérer les Tchèques en échange de Fayad étaient top-secrètes et impliquaient des éléments internationaux ; [10] elles se sont conclues après que les Tchèques eurent garanti que Fayad ne serait pas extradé vers les États-Unis. [11]

Plus tôt ce mois-ci, les Tchèques ont été conduits vers Ibrahim, qui les a transférés à Beyrouth afin qu’ils puissent être rendus à la République tchèque. Dans le même temps, les autorités tchèques ont libéré Fayad, qui est arrivé au Liban peu de temps après. Un autre détenu de Prague, Khaled Marabi, a également été relâché. [12] Quelques jours plus tard, les autorités tchèques ont annoncé qu’elles allaient libérer Faouzi Jaber, le troisième ressortissant libanais. [13]

Dès leur arrivée au Liban, le 4 février 2016, Fayad et Marabi ont été arrêtés et interrogés par les forces de sécurité libanaises. [14] Deux jours plus tôt, le 2 février 2016, l’envoyé spécial du Département d’Etat américain pour les affaires d’otages Jim O’Brien est arrivé au Liban, pour des raisons indéterminées. [15]

Conclusions

Il est manifeste que l’Etat libanais lui-même a eu peu ou rien à voir dans cette affaire. Aucun responsable libanais – ni le Premier ministre Tammam Salam, ni le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, ni aucun autre représentant du gouvernement – n’a jamais mentionné les événements, l’affaire, la libération des ressortissants tchèques ou le retour de Fayad et de Marabi. Si les médias libanais ont rapporté qu’Ibrahim informait régulièrement le Premier ministre Salam, le ministre de l’Intérieur Nohad Al-Machnouk et le président du parlement Nabih Berri du développement de l’affaire, il semble toutefois que les négociations aient été menées par Ibrahim lui-même. [16]

Ces événements soulèvent un certain nombre de questions : si Fayad était proche du Hezbollah, le Hezbollah libanais se trouvait-il derrière l’enlèvement des Tchèques ? Quel fut le rôle des renseignements tchèques dans l’affaire, au regard du fait que l’un des hommes enlevés était un officier des renseignements tchèques ?

La similitude entre cette affaire et l’arrestation ce mois-ci d’agents du Hezbollah en France pour trafic de drogue et financement de terrorisme soulève la question suivante : Le Libanais non identifié utilisera-t-il le même modus operandi ici aussi, à savoir, des citoyens français seront-ils enlevés pour obtenir la libération des militants du Hezbollah arrêtés en France à la demande des États-Unis ?

* E.B. Picali est chargée de recherche à MEMRI ; H. Varulkar est directrice de recherche à MEMRI.

Lien vers l’article en anglais

Notes :

[1] Dea.gov/divisions/hq/2016/hq020116.shtml, 1er février 2015. Selon l’annonce de la DEA, quelques jours plus tôt, le département du Trésor américain avait annoncé des sanctions imposées au réseau financier de soutien du Hezbollah, en désignant les blanchisseurs d’argent affiliés au Hezbollah, Noureddine Hamdi et Zaher El Dine, accusés de fournir des services financiers ou de soutenir le Hezbollah, un Specially Designated Global Terrorist.

[2] Le rapport indique également que l’un des quatre individus a été libéré quelques jours plus tard car il ne pouvait pas être relié aux événements.

[3] Al-Nahar (Liban), 2 février 2016.

[4] Lebanondebate.com, 15 juillet 2015 ; Al-Sharq Al-Awsat (Liban), 3 février 2016.

[5] Al-Akhbar (Liban), 2 février 2016.

[6] Al-Safir (Liban), 18 juillet 2015, 5 août 2015.

[7] Al-Safir (Liban), 5 août 2015; Al-Akhbar (Liban), 2 février 2016.

[8] Al-Safir (Liban), 5 août 2015.

[9] Al-Safir (Liban), 2 février 2016.

[10] Al-Akhbar (Liban), 2 février 2016.

[11] Al-Safir (Liban), 2 février 2016.

[12] Al-Akhbar (Liban), 2 février 2016. Al-Safir (Liban), 4-5 février 2016.

[13] Al-Mustaqbal (Liban), 5 février 2016.

[14] Al-Safir (Liban), 5 février 2016.

[15] Al-Akhbar (Liban), 3 février 2016.

[16] En septembre 2015, la famille de Fayad a déclaré qu’Abbas Ibrahim avait accepté de s’occuper de l’affaire conformément à la demande de la famille, et qu’il était le seul élément officiel à le faire. Al-Akhbar (Liban), 9 septembre, 2015. Il convient également de mentionner qu’Al-Nahar a critiqué la gestion de l’affaire par l’Etat, soulignant qu’elle rappelle les cas d’enlèvements précédents au Liban ; les forces de sécurité libanaises n’ont jamais résolu aucun d’eux, même si les noms des ravisseurs et les lieux de détention des otages étaient connus. Le quotidien a ajouté : « Ce n’est probablement pas le dernier cas [de ce type]. » Al-Safir, Al-Nahar (Liban), 2 février 2016.

http://www.memri.fr/2016/02/10/le-reseau-international-de-drogues-du-hezbollah-preoccupe-leurope/

Published by DAVID - - drogue, hezbollah, IRAN NUCLEAIRE, ISLAM

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