Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

RIPOSTE SEFARADE

L’Europe au XVIe siècle

L’Europe au XVIe siècle

Cette discussion permet de réfléchir un peu sur le concept d’Etat-nation, inventé par l’Europe occidentale à la fin du Moyen-Âge, appliqué en France par Richelieu (qui s’est mis à décapiter les grands aristocrates qui avaient une volonté d’autonomie dans leur région) puis par Louis XIV qui les a attirés à Versailles, leur faisant miroiter les frivolités et les intrigues de la Cour, pour leur ôter tout intérêt politique régional. Ce qu’un Etat-nation redoute par dessus-tout, c’est de perdre des territoires, il peut en gagner, très bien, mais reculer sur ses frontières est inacceptable, insupportable, inenvisageable, pour ce monstre froid qu’est l’Etat. Il fera tout pour l’empêcher.

Le concept d’Etat-nation, parti de chez nous, s’est répandu dans le monde entier, jusqu’en Afrique, où il n’a aucune espèce d’application rationnelle ou logique, mais peu importe, les dirigeants y tiennent et s’y accrochent. En plus, le traité de Westphalie en 1648 a ajouté à ça la conception westphalienne du monde, en gros, la souveraineté de l’Etat-nation chez lui, à l’intérieur, charbonnier est maître chez soi, les autres n’ont pas à s’en mêler. Cette conception est battue en brèche au XXe siècle, avec la SDN, puis l’ONU, surtout depuis que M. Hitler s’est mis à massacrer ses propres concitoyens… On s’est dit que ce n’était peut-être pas une si bonne idée, et qu’il fallait peut-être intervenir chez les voisins s’ils se comportaient mal. Milosevic, entre autres, a payé le prix de cette nouvelle conception.
Mais pour revenir au monstre froid et aux frontières, on a des exemples nombreux, la Turquie en est un, qui n’acceptera jamais un Etat kurde, parce qu’elle risquerait d’y perdre des plumes. La Turquie a abandonné le concept différent d’empire avec Atatürk, après 1918, pour celui d’Etat-nation. Mustapha Kemal a aboli le califat, et créé un Etat fort dans des frontières resserrées, après la lente décomposition de l’empire ottoman, perdant tour à tour ses provinces au profit des impérialistes européens de l’Ouest. Et c’est une différence majeure entre la Turquie actuelle et l’IS, la première est attachée à l’Etat-nation, le second veut un empire mondial dominé par l’islam, un califat planétaire. Une autre différence est que l’Etat turc, malgré sa dérive islamiste actuelle, ne va pas se livrer aux horreurs et destructions de l’IS. Par exemple il préserve les sites antiques précieusement, alors que l’IS les détruit allègrement, cf. Palmyre vs Ephèse.
D’autres exemples nous sont donnés par la France et la Russie. La France en 1870 a perdu l’Alsace et une partie de la Lorraine (Metz, car Nancy a été conservé) et ça a été une atteinte intolérable à l’Etat-nation français, qui n’a eu de cesse, pendant cinquante ans, de rétablir ses frontières et la belle harmonie, la beauté classique et élégante de notre hexagone. Même au prix d’une génération de jeunes hommes sacrifiés dans les tranchées. Tout plutôt que de reculer sur le territoire.
Idem en Russie avec Poutine, il voit l’Etat-nation russe comme celui créé par l’URSS, et regrette les frontières de cette dernière, « la chute de l’URSS a été la plus grande tragédie du XXe siècle », et donc il fait tout pour les retrouver, annexer des bouts de territoires voisins, etc. Pour lui l’Ukraine, la Biélorussie, les pays Baltes, les pays d’Asie centrale, tout ça ça revient à l’Etat-nation russe.

Reste une question, deux plutôt : pourquoi le concept d’Etat-nation est né en Europe occidentale ? Et pourquoi et comment elle a réussi à le faire adopter par le reste de la planète ? Essai de réponse :

Pourquoi donc en Europe occidentale, et pas en Chine, ou dans le monde musulman, ou dans le monde slave ? Et pourquoi le reste du monde a finalement adopté ce concept, à la suite de l’Europe occidentale ?
La réponse à la première question est à mon sens dans la géographie, c’est parce que l’Europe est le seul continent à avoir un découpage en territoires bien délimités, bien distincts, avec des frontières géographiques naturelles, que ces nations se sont formées toutes seules pour ainsi dire. Par exemple, la Grande-Bretagne, une île, a des frontières évidentes, l’Italie aussi avec les Alpes au nord et la Méditerranée tout autour, l’Espagne de même avec les Pyrénées (elle a même absorbé le Portugal aux XVIe et XVIIe, et c’est par miracle que celui-ci a pu briser la dépendance), la France aussi, le Danemark également, Norvège et Suède idem, etc. Par contre l’Europe centrale et orientale n’a pas de frontières géographiques évidentes, d’où les déplacements constants des limites depuis des siècles. L’Europe est « une péninsule de péninsules » (Eric Jones), et des peuples bien distincts se forment à l’abri de ces frontières, les Italiens avec leur langue dans la botte, les Espagnols avec la leur dans la péninsule, les Anglais dans leur île, etc., à la différence de la Chine, masse compacte, pays d’un seul empire, où tout le monde ou presque parle la même langue et a la même culture.
Ensuite, deuxième question, pourquoi le reste du monde a suivi l’Europe occidentale, dans l’adoption de l’Etat-nation, jusqu’au fin fond de la planète ? La raison est plus simple ici, c’est parce que l’Europe occidentale a fait sa révolution technique (notamment au niveau maritime), culturelle, scientifique, industrielle, entre les XVe et XIXe siècles, qu’elle a conquis le monde, émigré en masse, colonisé à tout va, qu’elle a pu imposer ce modèle partout. Et la raison de ces révolutions, à l’origine de l’extension du modèle, est la même que précédemment, la rivalité entre des nations aux frontières stables, une trentaine, notamment les guerres, qui ont eu un effet d’émulation pour les découvertes, les inventions, les nouvelles idées. Là où un empire qui contrôle toutes ses provinces, comme l’Empire Ottoman ou la Chine, pouvait empêcher une innovation, écoutant un lobby – par exemple lorsque la Chine arrête tout d’un coup ses explorations maritimes en 1420, pourtant bien parties, à la suite d’une décision de l’empereur suivant le lobby qui lui dit que ça coûte trop cher et qu’on ferait mieux de dépenser l’argent ailleurs, ou les Ottomans qui interdisent l’imprimerie jusqu’au XIXe siècle (!) -, cela était impossible en Europe. Si un pays interdisait une innovation, le rival la mettait en oeuvre, simplement pour bénéficier d’un avantage sur les autres. Si le Portugal par exemple avait arrêté ses explorations, l’Espagne aurait continué, si l’Espagne les avait interdites, la France ou la Hollande, ou l’Angleterre, auraient continué, etc. Autrement dit, la division en nations rivales constituait pour l’Europe une sorte d’assurance collective qu’aucune idée intéressante ne serait perdue.

http://extremecentre.org/2015/12/15/letat-nation/

Published by DAVID - - europe, etat nation, moyen age

commentaires

RIPOSTE SEFARADE

Ce blog n’a aucun but lucratif, sa prétention est seulement d’informer. Si vous trouvez un document qui vous appartient et que vous souhaitez son retrait , dites-le et il sera immédiatement retiré. La tragédie que le peuple juif a connu en Europe, est la seule et unique raison de la diffusion de ces textes dont la source est toujours indiquée.

Hébergé par Overblog