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RIPOSTE SEFARADE

L’annonce en début de semaine de la découverte d’immenses ressources de gaz naturel au large des côtes égyptiennes a changé la donne régionale et aura des répercussions tant sur la politique étrangère d’Israël que sur sa politique interne. Israël n’est plus l’exportateur dominant potentiel de gaz naturel en Méditerranée orientale. L’une des conséquences de cette nouvelle réalité est que l’accord sur le gaz naturel proposé par le Premier ministre Benyamin Netanyahou risque de ne pas être adopté à court terme. Ce retard va contribuer à la détérioration des relations déjà tendues entre Netanyahou et son partenaire de coalition, Aryé Déri.


En tant que ministre israélien de l’Economie, Déri détient la clé de l’approbation de l’accord laborieusement conclu entre le gouvernement israélien et le consortium propriétaire des champs de gaz Tamar et Leviathan. En effet, selon la loi, le ministre de l’Economie est autorisé à passer outre les décisions du régulateur antitrust s’il considère que tel est l’intérêt suprême de l’État. David Gilo, le régulateur antitrust sortant, a décrété avant sa démission il y a quelques mois que le consortium qui exploite les champs de gaz Tamar et Leviathan constitue un monopole. À la surprise et à la déception de Netanyahou, Déri a refusé d’exercer sa prérogative sur les conclusions de Gilo. La semaine dernière, Déri a déclaré que même si la Knesset (parlement israélien, ndlr) votait en faveur de l’accord gazier approuvé par le gouvernement, il ne passerait pas pour autant outre la décision de Gilo mais attendrait plutôt l’avis du prochain régulateur antitrust. Netanyahou, qui pensait que Déri ne ferait plus de problèmes après vote de la Knesset, est furieux.


La découverte de gaz naturel en Egypte a à la fois renforcé et affaibli l’argument de Netanyahou. D’un côté, le Premier ministre a raison de dire que le processus décisionnel lent et compliqué d’Israël a fatigué les investisseurs qui ont à présent toutes les raisons de se tourner vers l’Égypte, avec ses ressources gazières plus vastes et sont processus décisionnel très prévisible. D’un autre côté, l’un des principaux arguments pour justifier le contournement du régulateur antitrust s’est effondré comme un soufflé. Dore Gold, le directeur général du ministère des Affaires étrangères, a expliqué récemment au cabinet israélien qu’il faut passer outre la décision du régulateur antitrust afin d’éviter que l’Iran ne vende son gaz naturel aux pays voisins d’Israël.


D’après le ministère des Affaires étrangères, l’Iran est sur le point de combler le vide des ressources de gaz égyptiennes soi-disant asséchées en doublant sa production de gaz et en la vendant à la Jordanie, et même à l’Egypte. D’où l’urgence d’approuver l’accord pour vendre du gaz israélien aux pays voisins. Maintenant que l’Égypte est sur le point de devenir le principal producteur de gaz naturel de la région, cet argument n’a plus de sens. Peu après que le cabinet israélien ait pris une décision sur la base de l’ « information » selon laquelle l’Égypte n’a plus de gaz, la compagnie italienne d’énergie ENI a annoncé la découverte d’un immense champ de gaz naturel dans les eaux territoriales égyptiennes (un champ connu sous le nom de “Zohr”). Selon l’ENI, ce champ de gaz est le plus grand jamais découvert en Méditerranée. Estimé à 850 milliards de mètres cubes de gaz, il est presque deux fois plus grand que le Leviathan.


L’accord approuvé récemment par le gouvernement israélien (mais qui reste toujours en attente tant que Déri refuse d’exercer sa prérogative sur le régulateur antitrust) fixe également le prix du gaz sans prendre en compte la demande croissante (et la compétition) que le champ de gaz Zohr devrait engendrer. En d’autres termes, Déri détient aujourd’hui un argument plus que raisonnable pour défier le Premier ministre. Et c’est dans son intérêt politique que de se servir de cette carte.

Déri a mené sa campagne électorale sur une plate-forme économique de gauche, soutenant que seul son parti se soucie des plus démunis. Pour sa part, Netanyahou, qui avait avancé les élections afin de se débarrasser de son ambitieux ministre des Finances Yaïr Lapid, voulait tellement coopter les partis orthodoxes (dont celui de Déri) à sa coalition qu’il a cédé à toutes leurs exigences. Aujourd’hui, il doit composer avec leur programme économique. Déri, quant à lui, n’a aucune raison d’être flexible. Il sait que Netanyahou n’a pas de coalition sans lui et il n’a pas oublié non plus le soutien de Netanyahu pour Eli Yishay, l’ennemi juré de Déri qui lui a dérobé près de quatre sièges à la Knesset lors des élections de 2015 sans pour autant passer le seuil d’éligibilité (au grand dam de Netanyahou). Le parti Shas doit en partie sa force électorale à sa rhétorique socialiste démagogique, et Déri n’a donc aucune raison de changer de rhétorique.


Pour Netanyahou, obtenir l’approbation de l’accord gazier est crucial, car son leadership et la crédibilité d’Israël sont en jeux. Or les chances d’approbation de l’accord s’amenuisent de jour en jour. De la même manière que l’effort frénétique de Netanyahou pour convaincre treize sénateurs démocrates de voter contre leur président est voué à l’échec, la débâcle qui pèse sur l’accord gazier ne pouvait pas arriver à un pire moment. Une double humiliation, à la fois sur l’accord nucléaire iranien et sur le gaz naturel israélien, pourrait être politiquement fatale.

EMMANUEL NAVON

http://www.i24news.tv/fr/opinions/84283-150902-le-gaz-egyptien-destabilise-le-gouvernement-netanyahou

Emmanuel Navon dirige le département de Science politique et de Communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l'Université de Tel Aviv et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est membre du Forum Kohelet de politique publique.

Published by DAVID - - EGYPTE, gaz, ISRAEL

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