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RIPOSTE SEFARADE

Cette semaine marque le 70e anniversaire de la capitulation de l'Allemagne nazie - une date historique qui est l'occasion de réfléchir sur le passé et sur l’avenir. "Vive la cause de la liberté! Que Dieu protège le roi !" proclama Winston Churchill, l’ultime héros de la guerre, le 7 mai 1945. En janvier 1942, Churchill avait déclaré devant le Congrès américain: «Si nous étions restés unis après la dernière guerre, si nous avions pris les mesures nécessaires pour assurer notre sécurité, cette nouvelle malédiction ne serait jamais tombée sur nous. Ne le devons-nous pas à nous-mêmes, à nos enfants, à toute l'humanité, de faire en sorte que ces catastrophes ne nous engloutissent pas pour une troisième fois? "

Soixante-dix ans plus tard, pouvons-nous dire avec certitude qu’une nouvelle malédiction ne tombera jamais sur nous? Les vainqueurs de 1945 sont presque aussi divisés aujourd'hui qu'ils l'étaient après la capitulation de leur ennemi commun. Les dirigeants des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France seront les grands absents des célébrations de la victoire qui seront organisées à Moscou le 9 mai. La Russie et l'Occident s’affrontent à propos de l'Ukraine et de l'Iran, et les célébrations à Moscou vont être un défilé de force et de défiance. La Grande-Bretagne est devenue un acteur international marginal, la France est paralysée économiquement, et l'Amérique fuit les confrontations militaires.

Les critiques de l'accord imminent sur le programme nucléaire iranien le comparent souvent aux accords de Munich de 1938. En vérité, la comparaison aux accords de Locarno de 1925 serait plus exacte. Dans ces traités, la Grande-Bretagne et la France acceptèrent de "réintégrer" l'Allemagne dans la communauté internationale en échange d'un engagement allemand de ne plus remettre en cause les frontières imposées par le traité de Versailles. En réalité, les accords exigèrent de l'Allemagne d’accepter que ses frontières occidentales, mais pas orientales. Le diplomate polonais Józef Beck déclara à l'époque: «l'Allemagne a été officiellement invitée à attaquer l'est en échange de la paix à l’ouest. »

Le ministre allemand des Affaires étrangères de l’époque, Gustav Stresemann, manipula les puissances occidentales avec brio. D'un côté, il expliquait que seule une Allemagne forte était en mesure de protéger l’Occident du bolchevisme soviétique. Mais d’un autre côté, il mena un politique de rapprochement avec l'Union soviétique. La Grande-Bretagne et la France n’étaient-elles conscientes de la fourberie de Stresemann? Si, mais elles ne voulaient pas affronter l'Allemagne. Le ministre des Affaires étrangères français Aristide Briand expliqua la raison ultime de cette retenue auto-imposée: «Je fais la politique de notre natalité » disait-il. Autrement dit, la France se sentait trop faible pour faire face à l'Allemagne. Et la France ne se faisait aucune illusion à propos des accords de Locarno, puisqu’elle commença à planifier la Ligne Maginot peu de temps après la signature desdits accords.

En fin de compte, la Seconde Guerre mondiale eut lieu parce que les démocraties occidentales refusèrent d’arrêter l'Allemagne lorsqu’elles le pouvaient encore. Le peuple juif fut l'une des principales victimes de cette tragédie. Winston Churchill avait beaucoup de sympathie et d'admiration pour les Juifs, et la guerre contre Hitler n’aurait jamais été gagnée sans lui. Mais Churchill perdit l'élection de 1945, à l'apogée de sa gloire. Le nouveau gouvernement travailliste de Clement Attlee fit tout pour empêcher l'établissement d'un État juif, alors même que les horreurs de la Shoah été déjà connues et alors même que les survivants juifs essayaient d'atteindre la terre promise.

Aujourd'hui, les Juifs ne sont plus à la merci des puissances mondiales, mais le destin d'Israël est influencé par la politique internationale et le sera toujours. Il y a certes un prix à payer pour la lâcheté et l'aveuglement des autres, mais la souveraineté et la puissance rendent ce prix abordable.

Emmanuel Navon dirige le département de Science politique et de Communication au Collège universitaire orthodoxe de Jérusalem et enseigne les relations internationales à l'Université de Tel Aviv et au Centre interdisciplinaire d’Herzliya. Il est membre du Forum Kohelet de politique publique.

http://www.i24news.tv/fr/opinions/70169-150506-les-commemorations-du-8-mai-vues-d-israel

Published by DAVID - - ISRAEL, SHOAH

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