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RIPOSTE SEFARADE

Fusillade de Copenhague : « Quand ce cauchemar va-t-il s’arrêter ? »

L’un des participants au débat sur la liberté d’expression à Copenhague raconte le moment où la fusillade meurtrière du 14 février a commencé.

Par Niels Ivar Larsen

Me voici dans ma misérable cachette derrière un rideau noir, serrant de mes mains crispées une table de café ronde – mon ridicule bouclier de fortune en plastique dur, certainement pas assez solide. Ce n’est pas la mort que j’aurais souhaitée. C’est vraiment ainsi qu’on finit ?

Pour moi, le combat pour la liberté d’expression a toujours été très important. Mais il n’a jamais été question de mourir pour elle. Le martyre convient peut-être aux fanatiques, pas aux démocrates.

Vous imaginez mourir pour quelque chose d’aussi bêtement comique qu’un vilain dessin d’une tête de prophète barbu sur un corps de chien ? Quelle absurde cause de décès ! Quel motif aberrant pour abattre quelqu’un !

Suis-je vraiment en train de vivre mes dernières minutes

Comme un idiot, je brandis la table devant moi, sachant qu’elle n’apportera aucune protection contre des salves de mitraillette si jamais l’agresseur – mais peut-être sont-ils plusieurs ? – faisait irruption dans la salle et tirait sauvagement autour de lui, comme il l’a déjà fait à l’extérieur. Alors ce sera sûrement la fin.

Comme la rédaction de Charlie Hebdo, nous sommes tous dans cette salle des victimes désarmées, des cibles faciles. Quelle douleur ressent-on lorsqu’on est criblé de balles ? En combien de temps meurt-on ? Suis-je vraiment en train de vivre mes dernières minutes avant le grand néant infini ? Que deviendra mon fils, ma petite amie ?

Ces pensées ont-elles traversé mon esprit pendant plusieurs minutes ou plusieurs secondes ? Rétrospectivement, la peur semble se développer comme un long rêve embrumé.

Et cependant… comment pourrais-je oublier que la mort était la raison de ma présence, de notre présence ici. La mort, oui. La mort des dessinateurs de Charlie Hebdo, la mort de Charb, la mort de Cabu, la mort de Tignous et de Wolinski. L’attentat contre Charlie était ainsi le contexte profondément tragique du débat du 14 février, qui portait sur le blasphème et les limites de la liberté d’expression.

Parmi les invités, il y avait le professeur d’art suédois Lars Vilks, menacé de mort et sous protection policière permanente, et Inna Shevchenko, porte-parole du groupe féministe ukrainien Femen, dont la spécialité est de manifester seins nus contre le patriarcat et toutes les formes de fascisme, y compris la charia.

Mon modeste rôle était de présenter François Zimeray, ambassadeur de France au Danemark et principal intervenant de l’après-midi. Tout se déroulait comme prévu, aussi paisiblement que d’habitude. Quarante invités avaient pris place.

L’atmosphère était détendue, personne ne se méfiait. Les policiers en uniforme et les agents du renseignement habituels étaient là. Leurs visages nous étaient pour la plupart familiers depuis nos réunions précédentes. Habillés en civil, mais reconnaissables à leurs pistolets. On a eu droit aux contrôles de routine avec scanner.

L’ambassadeur fut l’orateur humaniste et brillant dont je me souvenais de mes précédentes rencontres. Dans son anglais gallois, il a remercié le peuple danois pour les innombrables marques de sympathie que l’ambassade avait reçues après le massacre de Charlie Hebdo. Et il nous a raconté que lors des tête-à-tête qu’il avait eus avec plusieurs dictateurs dans le cadre de ses fonctions diplomatiques, il avait constaté un point commun entre eux : le manque total d’humour.

Une farce de mauvais goût ?

Après les applaudissements de la salle, ce fut au tour d’Inna Shevchenko. Elle a commencé par raconter sa première rencontre avec les gens deCharlie Hebdo, qui voyaient en elle un véritable compagnon d’armes : “Charb me disait tovarich, le salut bolchevique entre camarades…” Elle continue : “Il est question de liberté d’expression, mais. Tout est dans le ‘mais’. Pourquoi continuons-nous de dire ‘mais’ quand nous…”

BANG, BANG, BANG, BANG ! Qu’est-ce qu’il se passe ? C’est un feu d’artifice ? Des voyous ? Une farce de mauvais goût ? Tout le monde est paralysé pendant cinq à dix secondes. Un court silence suit.

Dehors, quelqu’un crie quelque chose dans une langue étrangère. Un cri laid, sauvage, empreint d’une haine profonde. C’est alors que commence la fuite en masse. Sans hystérie, sans hurlements ni cris, mais avec une volonté déterminée de sauver sa peau. Beaucoup se dirigent vers la sortie arrière, d’autres se mettent à l’abri derrière des chaises et des tables, mais où peut-on être à l’abri ? Où y a-t-il des cachettes ? Nulle part. Il est impossible d’être en sécurité ici, absolument impossible.

Les tirs se poursuivent – non plus avec des armes automatiques, mais avec des pistolets.

De nouveaux cris se font entendre, en danois cette fois. Il s’agit du chef de l’unité d’intervention qui donne des ordres à ses policiers. Comment l’assaut va-t-il se terminer, qui va entrer par la porte ?

Dans quel film démentiel ai-je atterri ?

Un homme très agité arrive. Son visage est tout rouge, comme s’il subissait la pire montée d’adrénaline. Il court dans tous les sens en boitant, à cause d’une plaie causée par une balle dans la jambe. Il y a du sang sur son pantalon, son visage est tordu de douleur. Il nous ordonne de rester où nous sommes. Je me dis que tout cela est absurde.

On dirait Bruce Willis, ce petit gars musclé, le pistolet sorti de son holster… dans quel film démentiel ai-je atterri ? Mais je reconnais “Bruce Willis” comme étant l’un des agents du renseignement. C’est un ami, un protecteur. C’est l’homme qui est entre nous et le ou les assassins cinglés à l’extérieur.

L’arme automatique s’est tue. Je reste dans ma piteuse cachette pendant ce qui me semble être une éternité. Tout est calme maintenant. Il se passe dix minutes avant que nous entendions les sirènes de la police. Le danger est-il passé ? Y a-t-il d’autres blessés ? Y a-t-il des morts ? Nous ne savons rien. Je me joins à un groupe qui a trouvé refuge derrière le bar.

« Nous devons continuer »

Un long moment s’écoule encore. Nous ne sommes plus nombreux à être encore là. La majorité de l’auditoire a préféré s’échapper par la porte arrière, notamment tous les intervenants sauf un. Que faire ? Nous sommes prisonniers ici. La police a mis en place un périmètre de sécurité autour du bâtiment. Je suis apparemment le seul membre du comité dans la salle.

Je m’exclame : “Nous devons continuer, il n’y a rien d’autre à faire que continuer avec ceux qui sont encore là !” L’artiste polono-britannique Agnieszka Kolek est là. Alors nous écoutons cette femme blonde d’environ 40 ans au visage anguleux, remarquablement calme. Aucune angoisse n’est perceptible dans son regard. Son langage corporel ne laisse rien paraître, son élocution est maîtrisée.

Elle demande calmement de réduire l’intensité de l’éclairage pour que nous puissions mieux distinguer les détails des diapositives de sa présentation Power Point. Les membres de l’auditoire encore présents retrouvent leurs sièges tels des somnambules. Agnieszka Kolek parle et achève sa conférence. Mais personne ne l’écoute. Chacun est penché sur son téléphone portable et envoie des SMS, silencieux, bouleversé.

Peu après arrive le bus qui va nous transporter jusqu’au poste de police de Bellahøj pour des interrogatoires. Une fois à l’extérieur, nous apprenons qu’un participant a été tué. Il s’agit de Finn Nørgaard, le grand ami de notre caméraman Peter Bak. Ce n’était pas un mauvais rêve, un film stupide. Le terrorisme a frappé, il a frappé Copenhague. Il nous a tous frappés en plein cœur.

Quand va s’arrêter ce cauchemar ?

Posté par James

http://extremecentre.org/2015/02/17/fusillade-de-copenhague-quand-ce-cauchemar-va-t-il-sarreter/

Published by DAVID - - TERRORISME, ISLAM

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