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RIPOSTE SEFARADE

«S'il n'y avait pas eu de prison américaine en Irak, il n'y aurait pas d'État islamique aujourd'hui»

(The Guardian) - L'été 2004, un jeune jihadiste enchaîné marchait lentement aux côtés de ses ravisseurs, à l'intérieur du Camp Bucca, dans le sud de l'Irak. Connu sous le nom de guerre Abou Ahmed, et entré au Camp Bucca il y a 10 ans, ce jihadiste est maintenant un haut fonctionnaire de l'État islamique. Il a gravi les échelons, avec la plupart des hommes emprisonnés à ses côtés.

«Nous n'aurions jamais pu nous réunir comme ça à Bagdad, ou n'importe où ailleurs. Ça aurait été incroyablement dangereux. Au Camp Bucca, nous n'étions pas seulement en sûreté, nous étions à proximité de l'ensemble des dirigeants d'al-Qaïda.»

C'est au Camp Bucca qu'Abou Ahmed a rencontré pour la première fois Abou Bakar al-Baghdadi, l'émir actuel de l'État islamique.

Jeune homme, Abou Ahmed a été propulsé dans le jihad-combat par une occupation américaine largement perçue comme une tentative d'imposer en Irak un changement de pouvoir en faveur de la population chiite du pays, au détriment des Sunnites.

Le rôle précoce et essentiel qu'il a joué au sein du groupe qui allait devenir l'État islamique l'a conduit naturellement au poste de direction qu'il occupe aujourd'hui.

En 2004, il a rencontré Abou Bakar al-Baghdadi, au Camp Bucca, qui contenait 24 000 hommes, répartis en 24 sections.

Lorsque Baghdadi, alors âgé de 33 ans, est arrivé au Camp Bucca, l'insurrection sunnite anti-américaine prenait de l'ampleur. Dans la perception de plusieurs Irakiens sunnites, une invasion qui avait été justifiée comme une guerre de libération était devenue une occupation.

Les Sunnites irakiens, privés de leurs droits suite à la chute de leur patron, Saddam Hussein, combattaient les forces américaines et commençaient à tourner leurs armes vers les bénéficiaires du renversement du dictateur, la population chiite (majoritaire) du pays.

Baghdadi avait une manière singulière de se distinguer des autres leaders potentiels du jihad — tant à l'intérieur du camp qu'à l'extérieur, dans les rues sauvages de l'Irak: un pedigree qui lui a permis de revendiquer une lignée directe au Prophète Muhammad. Il avait également obtenu un doctorat en Études islamiques de l'Université islamique de Bagdad. Baghdadi se basera entre autres sur ces deux éléments pour légitimer sa prétention à s'auto-proclamer Calife du monde islamique en juillet 2014 — l'aboutissement du sentiment de destinée manifeste qui animait plusieurs détenus du Camp Bucca, dix ans plus tôt.

Selon Abou Ahmed (et deux autres hommes détenus au Camp Bucca en 2004), les Américains voyaient en Baghdadi un homme capable de résoudre les différends hargneux qui éclataient entre factions rivales, et de garder le camp pacifié.

«Mais avec le temps, à chaque fois qu'il y avait un problème dans le camp, Baghdadi était au coeur de celui-ci», selon Abou Ahmed. «Il voulait être le chef du camp — et quand j'y repense maintenant, je me rends compte qu'il utilisait une politique de diviser pour régner afin d'obtenir ce qu'il voulait. Et ça a fonctionné.»

En décembre 2004, les Américains ont jugé que Baghdadi ne posait plus aucun risque, et sa libération fut autorisée.

«Il était très respecté par l'Armée américaine. S'il voulait visiter des détenus d'un autre camp, il le pouvait, alors que cela nous était impossible. Et pendant ce temps, un nouveau projet qu'il dirigeait se déployait sous le nez des Américains: la construction d'un État islamique. S'il n'y avait pas eu de prison américaine en Irak, il n'y aurait pas d'État islamique aujourd'hui. Bucca était une usine, une usine qui nous a produits, qui a construit notre idéologie.»

L'État islamique est dirigé par des hommes qui ont passé du temps dans les centres de détention américains durant l'occupation de l'Irak. En plus de Bucca, les États-Unis administraient également le Camp Cropper, près de l'aéroport de Bagdad, de même que la prison d'Abou Ghraib, dans la banlieue ouest de la capitale irakienne.

Un grand nombre d'hommes libérés — ainsi d'ailleurs que plusieurs officiers senior américains qui dirigeaient les opérations de détention — ont admis que ces camps avaient un effet incendiaire sur l'insurrection.

«Ils étaient contre-productifs à bien des égards. Ils étaient utilisés par les détenus pour planifier et organiser, pour nommer des dirigeants et pour lancer des opérations», a déclaré Ali Khedery, conseiller spécial à tous les ambassadeurs américains ayant officié en Irak de 2003 à 2011, et à trois commandants militaires américains.

Abou Ahmed est d'accord: «En prison, tous les princes se réunissaient régulièrement. Nous sommes devenus très proches des personnes avec lesquelles nous étions détenus. Nous connaissions leurs aptitudes, les points forts et les lacunes de chacun, et comment en faire usage au moment opportun. Les personnes les plus importantes au Camp Bucca étaient celles qui avaient été proches de Zarqaoui [fondateur du groupe qui allait devenir l'État islamique]. Il a été reconnu en 2004 comme le leader du jihad.»

«Nous avions beaucoup de temps pour nous rencontrer et planifier. C'était l'environnement idéal. Nous avons tous convenu de nous réunir de nouveau une fois libérés. La manière de renouer contact était facile. Nous avons écrit nos cordonnées respectives sur l'élastique de nos boxers. Une fois sortis du camp, nous nous sommes appelés. Tous les gens importants pour moi étaient notés sur l'élastique blanc de mes sous-vêtements. J'avais leurs numéros de téléphone, les noms de leurs villages. Si bien qu'en 2009, beaucoup d'entre nous étions de nouveau en train de faire ce pour quoi nous avions été capturés. Mais cette fois, nous le faisions mieux.»

Selon Hisham al-Hashimi, un analyste basé à Bagdad, le gouvernement irakien estime que 17 des 25 plus importants chefs de l'Etat islamique à diriger le jihad-combat en Irak et en Syrie ont passé du temps dans les centres de détentions américains entre 2004 et 2011. Certains d'entre eux ont été transférés du joug américain vers les prisons irakiennes, où une série d'évasions au cours des dernières années ont permis à de nombreux hauts dirigeants de s'échapper et de rejoindre le rang des insurgés.

En 2013, Abou Ghraib a été le théâtre de la plus grande et plus néfaste évasion, au cours de laquelle ont fui jusqu'à 500 détenus, incluant de nombreux jihadistes senior, après que la prison a été prise d'assaut par des forces de l'État islamique (qui avait simultanément lancé un autre raid sur la prison de Taji).

Abou Ahmed a été relâché du Camp Bucca peu après la libération de Baghdadi en 2004. Après avoir atterri à l'aéroport de Bagdad, des hommes qu'il avait rencontrés au Camp Bucca l'ont emmené à une maison dans l'ouest de la capitale, d'où il a immédiatement rejoint le jihad, qui s'était transformé d'une lutte contre l'occupation américaine en une guerre vicieuse et sans retenue contre les Chiites irakiens.

«J'ai coupé le tissu de mes boxeurs, et tous les numéros de téléphone étaient là. Nous avons repris contact, et nous sommes mis au travail.» Partout à travers l'Irak, d'autres ex-détenus faisaient la même chose.

Lors de nos conversations, Abou Ahmed a souvent mis l'emphase sur la connexion syrienne à l'insurrection en Irak. «Les moudjahidines ont transité par la Syrie. J'ai travaillé avec plusieurs d'entre eux. Ceux du Camp Bucca se sont rendus à Damas. Un très petit nombre ont transité via la Turquie ou l'Iran. Mais la plupart sont venus en Irak avec l'aide des Syriens».

Dans le monde des diplômés du Camp Bucca, il y a peu de place pour le révisionnisme, ou la réflexion. Abou Ahmed semble se sentir dépassé par les événements:

«Il y en a d'autres qui ne sont pas des idéologues,» a-t-il dit, en référence aux membres senior de l'État islamique qui sont proches de Baghdadi. «Les gens ont commencé au Camp Bucca, comme moi. Et puis c'est devenu plus grand que n'importe lequel d'entre nous. Ça ne peut pas être arrêté maintenant. C'est hors du contrôle de n'importe quel homme. Ni Baghdadi, ni quiconque dans son entourage.»

Source: Isis: the inside story, Martin Chulov, The Guardian

Traduction libre d'extraits par Poste de veille

http://www.postedeveille.ca/2014/12/sans-prison-americaine-en-irak-il-ny-aurait-pas-detat-islamique.html

Published by DAVID - - MONDE ARABO MUSULMAN, TERRORISME

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