Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

RIPOSTE SEFARADE

Manifestation du mouvement des « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident« , Pegida, à Dresden, le 8 décembre 2014
Manifestation du mouvement des « Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident« , Pegida, à Dresden, le 8 décembre 2014

15 000 manifestants ! Le mouvement des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Pegida) a pris une ampleur inattendue lors de la manifestation du 15 décembre à Dresde. Une journaliste est allée à la rencontre des manifestants.

Par Anne Hähnig

Nous sommes le soir du 8 décembre, à Dresde, et on a l’impression que les « anti-islamisation » perdent du terrain. Neuf mille personnes se sont en effet rassemblées pour s’opposer au mouvement des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident » (Pegida).

Elles sont réunies sur la place de l’hôtel de ville, au milieu des ballons multicolores. La scène est forte. Elles ont le sentiment d’avoir gagné. Jusqu’à ce que filtre le nombre de ceux d’en face : 10 000.

La peur d’une « invasion d’étrangers »

« Ils » ne perdent donc pas de terrain. Au contraire : Pegida enfle de semaine en semaine. A l’origine du mouvement, Lutz Bachmann. Voilà deux mois, ce dernier créait une page Facebook « likée » par plus de 50 000 personnes. Il y annonçait des manifestations. Lors de la première, à la mi-octobre, une centaine de gens ont fait le déplacement. Aujourd’hui, ils sont des milliers.

En silence, ils battent le pavé du centre-ville de Dresde. Parmi eux, des nazis et des hooligans, même si on croise en majorité des pères de familles en pantalon de velours, des mères de familles emmitouflées, des jeunes à casquette et des personnes âgées à béquilles. Les citoyens de Dresde descendent dans la rue par peur d’une « invasion d’étrangers ».

Que se passe-t-il dans cette ville qui compte plus de manifestants « anti-islamisation » que de musulmans ? On dénombre environ 2,2 % d’étrangers dans le Land de Saxe, dont 0,1 % de musulmans. Si vous croisez dans la région une femme portant un foulard sur la tête, il y a de fortes chances pour que ce soit une grand-mère sorabe [minorité slave présente dans l’est de l’Allemagne].

Or, à en croire les études du chercheur dresdois Wolfgang Donsbach, un habitant sur quatre a le sentiment ici d’être « un étranger dans son propre pays ». Et un Saxon sur cinq défend des opinions racistes.

Les multiples condamnations de Lutz Bachmann

Pegida est un mouvement de contestation d’une grande complexité. En tête de cortège, on retrouve systématiquement Lutz Bachmann, son chef de file. L’homme parle peu aux médias. On sait de lui qu’il est de Dresde, qu’il a 41 ans et qu’il est cuisinier de formation. Par le passé, il a vendu des saucisses sur les marchés de Noël. Aujourd’hui, il tient une agence de publicité.

Lutz Bachmann a été condamné à plusieurs reprises : pour trafic de stupéfiants, vol, coups et blessures, conduite en état d’ivresse. Pour tenter de se soustraire aux sanctions, il s’est envolé pour l’Afrique du Sud. C’est donc un homme qui a tenté de fuir la justice de son pays qui pointe aujourd’hui du doigt les criminels d’origine étrangère.

Ce 8 décembre au soir, un jeune couple se tient au bord de la manifestation des Pegida. Tous deux ont la petite trentaine. Appelons-les les Müller, Tom et Nadine. Ils ne veulent pas donner leur vrai nom – personne ne donne son nom ici. Tom est universitaire – nous n’en saurons pas davantage sur leurs professions.

Nadine, cheveux noirs bouclés, porte un manteau de laine dont on imagine qu’il a dû coûter cher. Avec sa veste Jack Wolfskin, Tom a un look de randonneur. Tom et Nadine ont l’air fort sympathiques, ce qui soulève la question suivante : si le mouvement Pegida les touche, ne finira-t-il pas par toucher beaucoup de monde ?

« On veut que nos enfants puissent parler allemand dans la rue »

Tom reconnaît avoir déjà participé à trois manifestations. « Pour moi, c’est la première fois« , confie Nadine. Et pourquoi sont-ils là ? « Parce qu’on veut un droit d’asile qui soit enfin raisonnable, répond Tom. C’est le cas au Canada et en Australie, il faut que ce soit le cas ici aussi. »

Qu’entend-il par droit d’asile « raisonnable » ? Tom explique que ceux qui veulent s’installer en Allemagne doivent contribuer au PIB du pays, « il faut qu’ils travaillent et qu’ils paient des impôts. Ce n’est pas normal qu’ils aient le droit de puiser dans le pot commun alors qu’ils n’ont jamais rien mis dedans. Un jour, il finira par être vide. »

Quand on fait observer à Tom que ce sont des craintes pour le moins diffuses au vu du faible nombre d’étrangers en Saxe, il rétorque que c’est vrai, mais que l’on voit bien « ce qui se passe à Berlin ou à Duisbourg. Il faut agir pour endiguer le phénomène, avant qu’il ne soit trop tard. » Les Pegida font donc un travail de prévention. Ils ne veulent pas devenir comme l’Ouest – en particulier la Ruhr avec « tous ses Arabes et tous ses Turcs« .

Tom évoque ensuite son cas personnel. « On veut avoir des enfants, bientôt si possible, confie-t-il. Et on veut qu’ils puissent parler allemand dans la rue quand ils seront plus grands ; qu’ils grandissent avec nos traditions et nos règles. » Pensent-ils sérieusement qu’on ne pourra bientôt plus parler allemand dans la rue à Dresde ? « Si les étrangers continuent d’affluer, un jour ou l’autre, ce ne sera plus possible« , affirment-ils.

« La solidarité, ça va bien un moment »

Frank Richter s’est fait un nom dans la région comme médiateur et veut jouer les arbitres. Ancien militant des droits civiques, ce théologien de 54 ans est descendu dans la rue en 1989 pour manifester contre le régime de la République démocratique allemande (RDA). Plus tard, lorsque des milliers de néonazis ont défilé dans la ville le jour de la commémoration du bombardement de Dresde, il a organisé et animé le contre-mouvement.

Aujourd’hui, Frank Richter est directeur du centre régional d’éducation civique de Saxe et cherche à nouer le dialogue avec les Pegida. Il a dégoté à la hâte dans le centre-ville une salle capable d’accueillir plus de 200 personnes.

Trois heures avant le début de la réunion, les intervenants de Pegida se sont désistés : tous étaient malades ou avaient des empêchements ! C’est ainsi qu’il s’est retrouvé devant une salle comble à essayer d’expliquer ce qu’était Pegida. Pour se tirer d’affaire, il a passé des vidéos des dernières manifestations.

Pendant cinq minutes, les témoignages ont résonné dans la salle. « Moi, je suis pour qu’on envoie les islamistes dans les monarchies pétrolières et les réfugiés de guerre dans les pays riches. Pas chez nous. La solidarité, ça va bien un moment. Sérieusement, on a assez de pauvreté chez nous comme ça. » Ou encore : « J’ai lu dans le journal que les Tunisiens volaient entre quatre et six smartphones par jour. Moi, je ne peux même pas m’en payer un. »

Après ces quelques réflexions, la salle est restée silencieuse. Frank Richter a tenté de tempérer la violence des propos entendus en faisant remarquer que Lutz Bachmann n’avait pas récolté beaucoup d’applaudissements lors de son discours en début de manifestation.

Gênés par la présence des nazis

Frank Richter s’inquiète moins des paroles des Pegida que des raisons sous-jacentes : beaucoup de gens ont le sentiment de ne plus avoir le droit d’exprimer leur opinion. C’est précisément pour cette raison qu’il veut discuter avec ceux qui pensent que le dialogue n’est plus possible dans ce pays.

Le contre-mouvement est cependant divisé sur ce point. « Quand quelqu’un tient des propos racistes, je trouve difficile, voire impossible, de trouver une base de dialogue commune« , confie ainsi Dieter Jaenicke, directeur de l’école de musique et de danse de Hellerau [au nord de Dresde].

Pour Tom et Nadine, notre jeune couple de manifestants, Pegida ne verse pas dans la xénophobie et l’intolérance. Autrement, ils ne seraient pas là. « Bien sûr qu’il faut venir en aide à ceux dont le pays est en guerre, assure Tom. Nous-mêmes, on serait bien contents d’être accueillis ailleurs si ça se produisait chez nous. »

Mais n’est-il pas grotesque de manifester aux côtés de néonazis et de hooligans quand on fait tant cas de la tolérance ? « C’est clair que la présence des nazis nous gêne, reconnaissent-ils, mais il y a toujours des gens comme ça. » Dès qu’on donne son opinion sur la question du droit d’asile, on est « tout de suite catalogué« , déplore Nadine. Sa participation au mouvement n’a rien à voir avec un ras-le-bol de la politique, affirme-t-elle. Elle est inquiète, c’est tout.

« Enfin, l’Allemagne se réveille ! »

Il y a en Saxe une femme qui doit prendre acte de ces inquiétudes : Petra Köpping, ministre de l’Egalité des chances et de l’intégration du gouvernement de grande coalition (CDU-SPD). « [Je suis allée à la manifestation] seulement pour écouter, se justifie-t-elle, je voulais savoir ce qui se disait. » C’est ainsi qu’elle a entendu un homme dire : « Bientôt, c’est tout le pays qui va descendre dans la rue » et un autre crier : « Enfin, l’Allemagne se réveille ! »

« Je n’ai discuté avec personne, poursuit Petra Köpping. Il y a des gens que l’on n’atteint pas, qui ne veulent pas entendre nos arguments. » Le désarroi se lit sur son visage. Si elle est devenue ministre, c’est pour convaincre des travailleurs étrangers qualifiés de venir en Saxe. Or elle s’aperçoit qu’elle va d’abord devoir convaincre ses propres concitoyens.

Posté par James

http://extremecentre.org/2014/12/16/pegida-qui-sont-les-islamophobes-de-dresde/

Published by DAVID - - INTERNATIONAL, ISLAM

commentaires

RIPOSTE SEFARADE

Ce blog n’a aucun but lucratif, sa prétention est seulement d’informer. Si vous trouvez un document qui vous appartient et que vous souhaitez son retrait , dites-le et il sera immédiatement retiré. La tragédie que le peuple juif a connu en Europe, est la seule et unique raison de la diffusion de ces textes dont la source est toujours indiquée.

Hébergé par Overblog