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RIPOSTE SEFARADE

Kurdistan : Harcelé et encerclé par ses voisins

Contrairement aux Arabes, aux Turcs et aux Iraniens, les Kurdes ne sont pas marqués par la haine de l’Occident. Leurs bourreaux ont toujours été les Etats moyen-orientaux.

Un point important échappe généralement aux Syriens arabes : les Kurdes, contrairement à la plupart des peuples d’Asie et d’Afrique, n’ont pas subi la colonisation. N’ayant pas eu d’Etat [au moment du partage de l’Empire ottoman, en 1919], ils ont une identité et une perception d’eux-mêmes qui ne sont pas marquées par une mémoire de colonisés.

Les accords [franco-britanniques] Sykes-Picot [1916], qui ont divisé l’Orient arabe en plusieurs pays, ont également divisé le Kurdistan en le répartissant sur quatre pays. Mais cet argument, bien qu’à forte charge polémique, ne se traduit pas en réelle colère contre les puissances coloniales.

Certes il y avait des militants et des intellectuels kurdes qui, dans les années 1950-1970, prônaient l’anti-impérialisme, mais ces prises de position se situaient à un niveau idéologique, sans lien avec une expérience concrète. Certes les Kurdes ont participé à la lutte contre la colonisation française en Syrie [1920-1943], le plus connu d’entre eux étant Ibrahim Hananou. Mais cette lutte se faisait sous la bannière de l’arabisme. Et même si en Irak, dans les années 1920, les premiers à subir les bombardements britanniques à l’arme chimique étaient les Kurdes, ces faits ont disparu de leur mémoire collective, ensevelis sous les événements ultérieurs.

La conscience arabe, au contraire, s’est constituée autour de l’expérience coloniale. Et ce d’autant plus que l’existence d’Israël est perçue jusqu’à aujourd’hui comme la persistance du fait colonial occidental au Moyen-Orient. Aussi l’Occident est-il considéré comme l’autre par excellence, par rapport auquel on se définit en opposition. Et, malgré le recul de l’arabisme, leur rapport à l’Occident reste extrêmement problématique, et l’hostilité à son égard tout ce qu’il y a de plus intact. Les Arabes syriens, et notamment les sunnites, qui sont le carburant de la révolution, nourrissent, à des degrés divers, de la suspicion à l’égard de l’Occident. Cela va de la politique à la culture en passant par des aspects anthropologiques, de l’actualité à l’histoire ancienne – le rejet occidental de l’islam contribuant à son tour à entretenir la polarisation.

Dominés. Tel n’est pas le cas des Kurdes, qui n’ont pas de raison particulière de détester l’Occident. Ce qui se rapproche le plus d’une expérience coloniale pour eux est le fait d’être dominés par d’autres groupes ethniques : Arabes, Perses, Turcs. Cette domination est considérée par eux comme un fait colonial.

Il est vrai que la Turquie non plus n’a pas été colonisée, mais l’Empire ottoman a été constamment menacé par l’Occident, et la Turquie d’aujourd’hui est le résultat de la bataille contre les tentatives occidentales de démembrer le pays après la Première Guerre mondiale. Les Turcs restent convaincus que leurs ennemis ne cessent de vouloir dépecer leur pays. La lutte kurde [en Turquie] apparaît comme participant de ce complot. L’Iran non plus n’a pas été colonisé, mais lui aussi a eu de mauvaises expériences avec les Britanniques comme avec les Américains.

Les Kurdes, eux, ont plutôt de bons souvenirs de leurs relations avec l’Occident. Certes, les Occidentaux ont à maintes reprises abandonné les Kurdes d’Irak à leur sort, mais les Américains ont été les protecteurs d’une quasi-indépendance du Kurdistan irakien de 1991 à 2003. Et aujourd’hui ils les protègent contre Daech, à la fois dans le Kurdistan irakien et autour de la ville syrienne kurde de Kobané. Ce soutien américain a jusqu’à présent bien manqué à l’opposition syrienne (arabe), même quand celle-ci se battait contre Daech.

Les ennemis turcs. L’aigreur des Kurdes a pour objet non pas l’Occident, mais les Etats moyen-orientaux. Et en premier lieu la Turquie, là où la résistance kurde a été jusqu’à un passé récent la plus forte. Ensuite l’Irak, avant la chute de Saddam Hussein, en 2003. Quant à la Syrie, elle n’a jamais été centrale pour la cause kurde, les Kurdes de Syrie regardant vers la Turquie et vers l’Irak. Les protestations kurdes de mars 2004 en Syrie ont été provoquées à la fois par une réelle situation de discrimination et par le séisme de la chute de Saddam Hussein.

Avec la révolution actuelle en Syrie, des “unités [kurdes] de protection populaire” sont apparues dans la zone kurde syrienne. Elles n’ont pas combattu le régime syrien. Au contraire, elles ont profité de la révolution pour s’imposer comme le principal acteur dans la zone kurde.

Par conséquent, l’autre par rapport auquel se définissent les Kurdes aujourd’hui, ce sont les Turcs et les Arabes. Et cela va jusqu’à un certain degré d’identification à l’Occident. Il peut arriver que des militants kurdes prennent la défense d’Israël, non par ignorance de la sensibilité arabe sur cette question, mais par volonté délibérée de passer outre. Il faut dire que les Arabes, notamment les islamistes, ne ménagent pas eux non plus la sensibilité des Kurdes quand ils vouent une admiration sans bornes à la Turquie d’Erdogan, le principal ennemi des Kurdes.

Posté par James

Par Yassine Al-Haj Saleh

Publié le 28 octobre 2014 dans Al-Hayat Londres

http://extremecentre.org/2014/12/05/kurdistan-harcele-et-encercle-par-ses-voisins/

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