RIPOSTE SEFARADE

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Et l’Iran ?

Je viens de lire l’article suivant sur JForum.fr (le portail juif francophone). Il est intitulé ‟L’Iran chiite et l’État islamique sunnite : enjeux et dangers” et signé Michael Segall :

http://www.jforum.fr/forum/international/article/l-iran-chiite-et-l-etat-islamique

Je vais me répéter mais qu’importe ! L’article de Michael Segall me replonge dans l’une de mes principales préoccupations, l’Iran. L’auteur dresse un bilan : les ‟Printemps arabes” n’ont pas donné les belles floraisons que les gogos occidentaux, narines dilatées, espéraient humer. Ceux qui me lisent savent que je me suis immédiatement moqué de cette désignation — ‟Printemps arabes”. Et je ne suis pas d’un naturel désabusé, l’enthousiasme est plutôt dans mon caractère. Mon dédain pour les ‟Printemps arabes” a tenu à ma défiance envers les sociétés arabes, je dis bien les sociétés arabes et non les Arabes en tant qu’individus. Arturo Pérez-Reverte appelle idiotas profesionales ceux qui ont cru en ces ‟Printemps” invitant leurs lecteurs ou auditeurs à les suivre gaiement dans cette croyance. Il n’a pas tort. Je ne tiens pas l’Arabe pour inférieur ou plus mauvais qu’un Chinois, qu’un Caucasien ou qu’un Balte pour ne citer qu’eux. Je partage sans réticence le sentiment de Vladimir Jabotinsky (si décrié par ceux qui ne se sont jamais donné la peine de l’étudier), à savoir que tout individu est roi, que chaque individu est un ‟roi” égal à son prochain. Mais lisez Vladimir Jabotinsky !

Je me demande encore dans quel tripot a été concocté l’expression ‟Printemps arabes”. Elle m’est apparue d’emblée comme une farce, un gag de potaches.

Michael Segall écrit : ‟Aujourd’hui, comme hier, l’Iran et la Turquie se disputent l’hégémonie de la région tout en voulant détruire l’union de la nation arabe”. C’est vrai mais l’auteur ne dit pas que l’appétit de ces deux anciens empires a été tout naturellement excité pas l’intervention américaine en Irak et l’annihilation politique et militaire du régime de Saddam Hussein. Que reste-t-il dans un pays arabe lorsque sa structure étatique et, disons-le, laïque (voir le baasisme) est détruite ? Il ne reste que l’islam sous sa forme la plus simple, la plus violente. Je n’insisterai pas.

J’ai tenté d’exposer dans un certain nombre d’articles, sur ce blog même, mon iranophilie, une inclinaison qui ne sous-entend aucune sympathie pour le régime issu de la Révolution islamique de 1979, je le répète. Je suis persophile / iranophile et sioniste, ce qui me cause parfois des frayeurs : j’ai alors la sensation de longer un gouffre.

De nombreuses conversations, lectures, voyages m’ont confirmé dans ce qui suit : c’est avec l’Iran qu’il nous faut jouer, sans naïveté bien sûr. L’islam est un danger majeur avec ces mouvances djihadistes qui s’activent de la Syrie et de l’Irak à l’Afrique noire. Pour commencer à agir et ne pas rester paralysé devant l’énormité de la chose, il faut porter son attention sur les fractures plus ou moins marquées qui parcourent ce monolithe : l’islam est un monolithe en morceaux ; l’islam est un et plusieurs. Principale fracture, l’antagonisme Chiisme / Sunnisme que sous-tend plus ou moins l’antagonisme Perses / Arabes. J’écris plus ou moins car les Arabes chiites sont nombreux, dans le Sud de l’Irak surtout ; ils ne représentent toutefois qu’un très faible pourcentage du monde arabe. A noter également la présence d’une communauté arabe en Iran (communauté majoritairement chiite) qui constitue moins de 3 % de la population du pays. L’Iran est un pays multi-ethnique, on ne le dit pas assez, d’où sa relative fragilité et son angoisse existentielle en tant que pays, une angoisse qui a d’autres explications que j’ai exposées dans un certain nombre d’articles.

Considérer l’islam comme un tout, c’est être à la fois dans le vrai et le faux. On pourrait étendre cette remarque au christianisme avec cette grande fracture Catholiques / Protestants, l’une des crises majeures — et peut-être la crise majeure — au sein du monde chrétien. Je le redis, l’antagonisme endémique entre Perses et Arabes est l’une des clés du futur et nous devons, nous Occidentaux, savoir jouer plus finement en commençant par nous extraire de notre vision à très court terme. Pourquoi sommes-nous si nerveux face aux Iraniens et (généralement) si complaisants face aux Arabes. Miser sur l’ami bête au détriment de l’ennemi intelligent peut s’avérer un bien mauvais choix sur le moyen-long terme, j’insiste. Car enfin, nous nous sommes acoquinés avec les Qataris, les Saoudiens et autres encagés mentaux. Une fois encore, je me place exclusivement à un niveau collectif : les sociétés arabes et non l’Arabe en tant qu’individu.

Je vais probablement choquer nombre de mes lecteurs, à commence par les Juifs d’Israël et de la diaspora. Qu’ils sachent que mon propos n’est pas de les choquer, j’ai mieux à faire. Je m’efforce simplement d’exprimer avec autant d’exactitude que possible des impressions et des intuitions. J’ai depuis longtemps, et de plus en plus, la conviction que l’Iran n’a jamais constitué et ne constitue pas le principal danger pour l’Occident et Israël. On s’effraye à l’idée d’un Iran nucléaire alors que le Pakistan (pays au sunnisme radical), pays hautement dangereux et instable, est une puissance nucléaire qui lance des tentacules en Afghanistan et fait face à l’Inde avec laquelle le contentieux territorial au sujet du Cachemire pourrait revenir occuper le devant de la scène.

On ne comprendra rien à l’Iran si on pense ce pays comme étant guidé par un groupe d’illuminés qui attendent la venue du douzième Iman — le Mahdî. A ce propos, le système de gouvernement iranien est plutôt complexe et il convient de l’étudier sans parti-pris afin de mieux comprendre ce qui agite ce pays. J’estime que nous avons affaire à des dirigeants rationnels qui poussent leurs pions avec circonspection et qui s’avèrent d’excellents joueurs, reconnaissons-le, d’où l’inquiétude qui nous étreint. Mais il y a plus. Le peuple iranien n’a pas d’animosité envers le peuple juif. Les déclarations intempestives et les provocations récurrentes du pouvoir iranien ne doivent pas occulter ce fait ; elles relèvent plus de tensions internes au pouvoir que d’une haine partagée par la population. Je comprends toutefois l’angoisse d’Israël que je souhaite aussi solide et armé que possible face à l’Iran. Dans les sociétés arabo-musulmanes, il n’en va pas de même : tous les Arabes que j’ai pu interroger au sujet d’Israël et des ‟Juifs en général” sont unanimes dans leur ressentiment. Ils l’expriment avec plus ou moins de virulence mais il est bien présent au cœur de leur système mental. Je ne suis pas arrivé à ce constat à la légère et je poursuis mon enquête. Ainsi que je l’ai signalé, la théorie de la conspiration est appréciée chez les Arabes sous la forme des ‟Protocoles des sages de Sion” (et dérivés) et chez les Iraniens sous celle des ‟Memoirs of Mr. Hempher, The British Spy to the Middle East” ou ‟Confessions of a British Spy”. Dans ce cas, c’est un agent britannique, Mr. Hempher, et le wahhabisme qui sont sur la sellette.

Je repense à mon arrivée au Ben Gurion International Airport, au contrôle de police en pleine Operation Protective Edge, à mon visa Islamic Republic of Iran, au peu d’intérêt (pour ne pas dire, au total désintérêt) que lui prêta la police. Serions-nous devenu entièrement soumis à un système médiatique simplement soucieux de prospérer à nos dépends, comme le tic ? Au cours de mes conversations en Iran que j’amenais volontiers sur Israël, je n’ai jamais entendu de propos antisémites et très rarement anti-israéliens, ces derniers relevant avant tout de l’inquiétude : se voir attaqué et rayé de la carte par Israël. Le djihadisme est le principal souci des Iraniens, non seulement du pouvoir à Téhéran mais aussi des Iraniens de la rue, ceux avec lesquels j’ai eu la chance de pouvoir parler, des jeunes surtout. Cette hantise du djihadisme s’explique en partie par la multi-ethnicité du pays, un pays par ailleurs relativement homogène du point de vue religieux : chiite à près de 90 % et duodécimain (voir les douze Imams) pour l’essentiel. Le djihadisme est sunnite et il montre aujourd’hui toute sa hideur. Je suis prêt à affirmer que le djihadisme que l’Iran se propose à présent de combattre à nos côtés n’est pas une manœuvre pour mieux encercler Israël mais qu’il correspond à la volonté de s’extraire d’une peur existentielle, une peur liée à l’histoire et à la composition du pays, une peur qui ne peut être comprise aussi longtemps qu’on s’en tient à quelques idées simplistes (volontiers véhiculées par les médias) au sujet d’un pays particulièrement complexe. Il est vrai que le danger de voir les Iraniens (intellectuellement plus doués) instrumentaliser les Arabes est réel, je l’ai dit et je le redis.

L’Iran et Israël seront amenés à coopérer, j’en suis convaincu. Le temps joue en faveur de ce rapprochement. L’histoire nous donne des pistes. Aujourd’hui, des événements pourraient accélérer ce processus ; l’actuel régime n’est pas l’horizon ultime de l’Iran. L’étude et l’observation me laissent entrevoir une entente à la base. Les Kurdes, ces descendants des Mèdes, proches cousins des Perses, des musulmans sunnites mais des Kurdes avant tout, des hommes d’abord soucieux de défendre leurs frontières, ont noué de nombreuses alliances avec Israël. Un temps interrompu, le dialogue entre l’Iran et Israël connaîtra d’autres temps. Ces deux pays entourés par un chaos arabe de sang et de flammes, chaos qui n’en est qu’à ses débuts, auront besoin d’allier leur intelligence. Je fais ici part d’un espoir.

Le géopolitologue Alexandre Del Valle rend compte du récit, ‟Iran-Israël : Jeux de guerre” dans l’article ci-joint, un article qu’il termine sur ces mots : ‟Dans son incroyable récit, Ramin Parham forme le vœu qu’une fois passé ce que Clausewitz appelait « le brouillard de la guerre », Israël et Iran reviendront à leur « histoire longue et heureuse », mots de Shimon Pérès de mars 2014, dans ce que Ramin Parham appelle Téhéran-Jérusalem : L’axe du futur ! On le dira utopiste. Mais il est froid comme n’importe quel réaliste et cite Richelieu, un ecclésiaste et fin connaisseur des guerres de religion : « La politique, disait le Cardinal, consiste à rendre possible ce qui est nécessaire »”. Rendre possible ce qui est nécessaire… :

http://www.europe-israel.org/2014/10/iran-israel-jeux-de-guerre-le-roman-despionnage-ou-tout-est-vrai-par-alexandre-del-valle/

Olivier Ypsilantis

Dry Bones (Yaakov Kirschen) pour The Jerusalem Post

Dry Bones (Yaakov Kirschen) pour The Jerusalem Post

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Gilles Duceppe: En situation de guerre, toute personne se livrant à de la propagande en faveur de l’ennemi peut être condamnée

Gilles Duceppe propose qu'on traduise en justice ceux qui relaient la propagande jihadiste, en tant que nous sommes en guerre et qu'ils relaient la propagande de l'ennemi.

«Les forces de l’ordre devraient donc scruter attentivement les propos tenus sur les réseaux sociaux, ainsi que toutes les déclarations de personnes démontrant de la sympathie à l’égard des fanatiques islamistes.»

(source)

Si des Canadiens sont détenus pour avoir relayé la propagande jihadiste, on aura en quelque sorte des "camps", dont le mode d'existence est différent de celui des prisons, peu importe les coupables seraient détenus physiquement. Leur mode d'existence ne découlerait pas du droit "criminel" au sens courant du terme, mais d'une sorte de mesure d'exception découlant du droit de la guerre, en tant qu'ils seraient détenus pour avoir relayé la propagande de l'ennemi.

Comme le Canada a déclaré la guerre à l'État islamique, l'acte de relayer leur propagande devrait être punissable, selon Duceppe.

La criminalisation de la propagation de la propagande de l'ennemi constitue de facto un 'crime' politique, punissable en temps de guerre, où des libertés civiles garanties par la constitution, telles que la liberté d'expression, seraient exceptionnement suspendues pendant la durée de la guerre.

http://www.postedeveille.ca/2014/10/gilles-duceppe-criminalisation-propagande-jihadiste.html

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Israël et Moyen-Orient – Revue des Médias français et israéliens

Le Hamas préparait une attaque terroriste majeure contre Israel. Selon Times of Israel, le Hamas prévoyait d’envoyer 200 terroristes armés pour attaquer des zones civiles en Israël et « infliger des pertes massives» selon un article publié mardi par le magazine américain Vanity Fair.

Israël en France. L’actualité israélienne est trop faiblement traitée aujourd’hui dans les médias français pour l’objet d’une analyse éditoriale représentative.
Le président Reuven Rivlin. Le Figaro rend compte aujourd’hui de la polémique née de la vente par des Palestiniens de leurs maisons situées dans le quartier de Siwan à Jérusalem Est à des nationalistes israéliens. Des achats qui, selon Cyrille Louis, compliqueraient « un peu plus un éventuel partage de la ville en cas d’accord de paix ». Bien que souvent présenté en France comme nationaliste, le président Reuven Rivlin, a tenu à mettre en garde contre ses agissements : «Jérusalem ne peut pas devenir une ville dans laquelle les constructions se déroulent secrètement, et où les gens se glissent dans des appartements à la faveur de la nuit.»

Moyen Orient.
Lutte contre les terroristes de l’EI.

Le 1er Ministre irakien se rend cette semaine en Iran pour, selon le quai d’Orsay, » obtenir une coopération plus importante du gouvernement iranien lui aussi dirigée par des Chiites ». Selon un diplomate français cité aussi par le Canard enchainé, « Washington et Téhéran se rapprochent grâce aux djihadistes ».
Téhéran arme les kurdes et aurait envoyé des conseillers militaires en Irak (Brève le Parisien). G. Malbrunot du Figaro avertit que les djihadistes de l’EI viennent d’attaquer une ville proche de l’Iran…
L’EI voudrait ouvrir un nouveau front au Liban et en Jordanie selon le gouvernement libanais (Canard enchainé)
Contexte Proche et Moyen – Orient.

Les médias israéliens se font aujourd’hui largement l’écho de la baisse du pouvoir d’achat ainsi que des rumeurs d’élections démenties par le 1er Ministre Netanyahou.

Vie quotidienne en Israel.

Hausse des denrées de bases. Selon une enquête réalisé par le média britannique The Marker, le prix des aliments casher serait deux fois plus élevé en Israël qu’en Grande-Bretagne.

Cette information dont le Haaretz se fait l’écho s’inscrit dans les multiples formes de la contestation sociale contre la vie chère et l’appel à l’exil des israéliens de Berlin. Un appel vivement dénoncé en Israel y compris par le parti de Yesh Atid de Yair Lapid qui est parvenu au pouvoir au nom de la lutte contre la vie chère en Israel.

Kahlon : Mon parti permettra de lutter contre le coût de la vie croissant en Israël. « le coût de la vie n’est pas une fatalité ou un décret du ciel, », a déclaré l’ancien ministre du Likoud Moshe Kahlon à Israel Ayom. L’ancien Ministre Moshe Kahlon qui aurait l’intention de lancer un nouveau parti politique, a déclaré lundi que sa première priorité serait la lutte contre la montée du coût de la vie en Israël.

Netanyahou: La dernière chose dont nous avons besoin maintenant, c’est une élection. Selon les médias israéliens, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu mercredi matin une réunion avec les chefs des autres partis de la coalition dans le but de désamorcer les tensions et de stabiliser son gouvernement.
Le mouvement intervient après une série d’affrontement partisans, suscités entre autres par l’abandon d’un projet de réforme de la politique de conversion religieuse.

Processus de paix.

Livni, Lapid unissent leurs forces pour faire avancer la reprise des pourparlers de paix avec les Palestiniens. Selon le Yediot, la Ministre de la justice Tzipi Livni et le ministre des Finances Yair Lapid uniront leurs forces pour former un front commun diplomatique pour faire avancer le processus de paix.
«Dès la semaine prochaine, à la Knesset nous formerons un seul bloc, 25 mandats » en faveur d’un arrangement diplomatique avec les Palestiniens a déclaré en substance Tzipi Livni.

Le Hamas préparait une attaque terroriste majeure contre Israel. Selon Times of Israel, le Hamas prévoyait d’envoyer 200 terroristes armés pour attaquer des zones civiles en Israël et « infliger des pertes massives» selon un article publié mardi par le magazine américain Vanity Fair.
Une attaque via les tunnels. Il s’agirait, selon le porte-parole de Tsahal, Peter Lerner, d’un plan coordonné, qui visait à attaquer par surprise, via les tunnels, plusieurs endroits en Israël de manière simultanée lors de la fête de Rosh Hashana. L’action israélienne dans la bande de Gaza a permis entre autres d’empêcher cette vague d’attentats terroristes du Hamas sans précédent contre des civils israéliens.

Sans Transitions. Economie et High Tech.
Un contrat de 85 millions de dollars pour ELBIT. Selon Globes, Elbit Systems (ESLT) a annoncé aujourd’hui la signature d’un contrat avec un pays asiatique non communiqué pour un montant total d’environ 85 millions de dollars. Le contrat comprendrait entre autre une mise à niveau des avion de chasse F-5.

David Banoun – Responsable de l’Analyse des Médias.

http://nosnondits.wordpress.com/2014/10/22/israel-et-moyen-orient-revue-des-medias-francais-et-israeliens-22-octobre-2014/

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Image à la Une : Un combattant de l’organisation Etat islamique brandit un drapeau à Raqqa (Syrie), le 30 juin 2014. (REUTERS)
Image à la Une : Un combattant de l’organisation Etat islamique brandit un drapeau à Raqqa (Syrie), le 30 juin 2014. (REUTERS)

Peut-on dresser un portrait psychologique des jihadistes, qui combattent au nom de leur religion ? Sont-ils pleinement conscients de leurs actes ? Francetv info a interrogé Jean-Michel Hirt, psychanalyste et auteur de l’essai « Le Voyageur nocturne : lire à l’infini le Coran ».

Ils décapitent leurs ennemis, pillent les villages, violent des femmes et font régner la charia dans la terreur, un fusil à la main. Les membres de l’organisation Etat islamique sont en guerre au nom d’Allah. Une guerre idéologique dont les actions, d’une violence rare, horrifient la communauté internationale.

Les quelques témoignages de proches d’apprentis jihadistes évoquent leur isolement, leur embrigadement, une forme de déconnexion avec la réalité. Peut-on brosser un portrait psychologique de ces fous de Dieu, qui combattent et massacrent des populations au nom de leur religion ? Sont-ils pleinement conscients de leurs actes ?

Francetv info a interrogé Jean-Michel Hirt, psychanalyste et auteur des essais Le Voyageur nocturne : lire à l’infini le Coran(Bayard) et Paul, l’apôtre qui « respirait le crime » (Actes Sud).

Francetv info : Le fanatisme religieux est-il un champ exploré par la psychologie ?

Jean-Michel Hirt : Non, pas à proprement parler. Bien sûr, il existe des travaux sur la religion qui sont fondamentaux, comme ceux de Freud (L’Avenir d’une illusion, L’Homme Moïse et la religion monothéiste), mais le phénomène religieux reste trop peu exploré par les psychanalystes ensuite. Il y a même eu une époque où, en France, il était presque scandaleux pour un analyste de s’intéresser de façon ouverte au religieux. C’était une affaire classée, on était naturellement athée puisqu’analyste, et la messe était dite, alors que personne aujourd’hui ne peut plus ignorer la religiosité du psychisme, c’est-à-dire la répression du pulsionnel par le religieux ou son inverse : le pulsionnel mettant à son service le religieux pour se déchaîner.

On a pu s’imaginer, par exemple, que les pays arabes allaient connaître une évolution comparable à la nôtre, vers la sécularisation, grâce au nationalisme panarabe. On s’est fait de grosses illusions en prenant nos désirs laïcs pour la réalité. Aujourd’hui, il y a urgence à revenir là-dessus, à approfondir les analyses des grandes religions.

Le déchaînement de violence de l’EI est-il une forme de folie ?

Un jihadiste n’est pas un « fou », pour peu que ce terme ait un sens. Le « fou », c’est un individu seul, qui est seul dans son monde et qui n’arrive pas à faire partager son monde aux autres. Précisément, les combattants de l’Etat islamique, ce sont des gens qui ne sont pas seuls. Ils sont en groupe, ils se reconnaissent dans un ensemble de références et ils luttent en se servant de la mise en commun de leurs savoirs pour imposer leur tyrannie.

Ces jihadistes ne sont pas très différents de vous et moi. lls souffrent de toutes les pathologies que nous connaissons dans la société : certains sont très névrosés, d’autres délirent, d’autres sont psychotiques ou suicidaires. Ils tentent de résoudre des difficultés psychiques par des comportements dangereux à la fois pour eux et pour les autres. Pour parler en termes freudiens, chez eux, le conflit entre Eros (la pulsion de vie) et Tanathos (la pulsion de mort) tourne à l’avantage du dernier. Puisque Tanathos a l’ascendant, alors Eros se met à son service. Mais encore une fois, il s’agit juste d’une régression qui n’est pas irréversible. Saint Paul lui-même était un homme qui « respirait le crime », disent les Actes des Apôtres, avant de se convertir sur le chemin de Damas, de convertir ses pulsions de destruction pour se mettre au service de la construction de la religion chrétienne.

S’ils ne sont pas fous, comment expliquer ces actes qui nous horrifient ? On a l’impression que commettre ces crimes ne les affecte pas, qu’ils le font avec une grande légèreté…

Leur idéal mortifère a pris toute la place dans leur personnalité. Comme tous les passages à l’acte, les crimes que les jihadistes commettent se font dans une sorte d’aveuglement, de sidération de la conscience. La plupart des individus qui se retrouvent en prison pour avoir tué ont du mal à reconnaître ce qu’ils ont fait.

Mais on sait, parce que la guerre n’est pas une affaire nouvelle, combien les traumatismes peuvent se révéler considérables, quand les individus en reviennent. Certains ne peuvent plus continuer à vivre normalement et tombent malades. Tuer, ce n’est jamais quelque chose qui se fait comme on avale un verre d’eau. Aucun criminel n’est à l’aise dans sa culture et bien dans sa peau. Ce sont des individus qui souffrent de profonds troubles psychiques qu’ils n’arrivent pas à résoudre et qu’ils projettent violemment sur autrui.

Par quel processus psychologique en sont-ils arrivés là ?

Tout commence par le refus de l’altérité et de la différence. On refuse d’accepter ce que l’on ressent, et qui nous dérange, et on accuse l’autre d’être responsable de la crise ou de ce qui fait qu’on est mal dans sa peau. Ensuite, c’est la fuite en avant. Tous les individus connaissent un conflit entre ce qu’ils sont et ce qu’ils devraient être, ou ce que l’on attend d’eux. Or, le fanatique n’accepte pas ses contradictions et déplace ce conflit hors de lui. Autrui devient donc une cible. Il se dit : « Ce n’est pas moi qui suis déchiré entre le bien et le mal, c’est l’autre. Donc, si je supprime l’autre, ça ira mieux. » C’est à la fois radical et apparemment confortable, car l’individu semble avoir résolu son conflit intérieur. Mais en fait, c’est une attitude très infantile.

Un adulte doit, au contraire, parvenir à intérioriser et le mal et le bien, de façon complexe. Or, parce que le fanatique religieux rejette le mal sur l’autre, il cherche par tous les moyens à légitimer cette opération psychique, notamment en se faisant l’ennemi de toute interprétation des textes sacrés auxquels il prétend croire. C’est le ressort de tout fondamentalisme religieux, pratiquer une lecture littérale de ses textes de référence. Plus de métaphore, plus de double ou triple sens, les mots deviennent des mots d’ordre. Il n’y a pour lui plus qu’un seul sens dans une parole d’Evangile ou un verset du Coran. Tout est devenu injonction, comme si la religion relevait du code de la route. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens »est le drapeau sanglant des fanatiques à travers les siècles, quand la religiosité de leur psychisme se met au service de leurs pulsions destructrices.

Des fanatiques s’en tiennent aux prêches, d’autres prennent les armes. Que signifie ce passage à l’acte ?

Le passage à l’acte constitue une transgression supplémentaire, qui correspond à une tentative désespérée de résoudre par la violence destructrice les conflits qui habitent le fanatique. La conviction que « moi et ceux qui sont comme moi représentent le bien » permet de donner libre cours à des pulsions que nous avons tous en nous, mais avec lesquelles la plupart des gens s’organisent de manière constructive. La question, aussi, c’est comment la société dans laquelle on évolue, avec ses normes et ses valeurs, nous incite à nous précipiter ou pas vers des actes destructeurs. En temps de guerre, par exemple, la société nous autorise à tuer, pas en temps de paix. Tout est réversible.

Que dire des femmes qui partent en Syrie pour vivre selon la charia, mode de vie qui bafoue pourtant leurs droits fondamentaux ?

Ces femmes s’imaginent qu’en changeant radicalement de vie, elles vont connaître la paix intérieure, voire le bonheur. Elles font ce pari, à partir de la façon dont elles vivent difficilement leur histoire personnelle et les conflits psychiques qui les traversent. Combien d’enfants se sont rebellés contre leurs parents ? Aujourd’hui, une forme de cette révolte liée à l’adolescence, à la misère sociale, à l’ignorance de la grandeur culturelle de l’islam passe par cet engagement absurde et criminel. C’est pourquoi certaines familles musulmanes ont besoin d’être aidées pour permettre à leurs enfants de sortir de leurs impasses. Cela suppose une mobilisation de toute la société, que l’islam ne soit plus ostracisé ou caricaturé, que ses valeurs spirituelles et libératrices soient reconnues et encouragées.

Vous citez l’Evangile comme le Coran… Toutes les religions peuvent créer des sujets radicalisés ?

Tout à fait. Ce n’est pas la religion qui suscite de la haine. Il n’y a que des gens qui instrumentalisent des religions pour vivre leur haine. Même les bouddhistes se montrent parfois violents. L’élément clé, c’est le contexte psycho-culturel. S’il vous garantit que l’acte criminel que vous accomplissez est ce qu’il y a de mieux à faire, vous en retirez un grand bénéfice psychique. La même chose se passe dans la mafia, où le crime est perçu comme une initiation, un rite d’appartenance pour des gens qui se trouvent exclus ou se vivent comme rejetés par leur société.

Si vous receviez un jihadiste en consultation, que lui diriez-vous ?

Je lui dirais qu’il est sauvé ! Que si quelqu’un fait cette démarche, c’est qu’il a déjà fait un bout de chemin pour sortir de cette culture de mort. Cela signifierait que les questions qui se posent à lui ne vont pas se résoudre par le passage à l’acte, mais par la recherche de ce qui l’anime, par la connaissance de son désir et de la façon dont il peut l’incarner. Sa réponse par le langage et l’exploration de son monde interne sera pour lui plus constructive.

Nous avons tous connu des situations qui étaient très limites, parfois proches de la dépression grave, du suicide ou même du crime, des situations propices au passage à l’acte. Face à cela, beaucoup ont réussi à trouver dans le travail psychanalytique la possibilité de s’en sortir autrement. Encore faut-il trouver quelqu’un qui écoute, et qu’ils aient le courage d’être écoutés. Il faut beaucoup se confronter à ses dieux et à ses démons intérieurs.

Propos recueillis par Ariane Nicolas

http://www.eurabia.org/les-fous-de-dieu-sont-ils-des-fous/

Des hommes paradent pour célébrer la prise de Tabqa par l’organisation Etat islamique, dans cette ville située près de Raqqa (Syrie), le 24 août 2014. (REUTERS)

Des hommes paradent pour célébrer la prise de Tabqa par l’organisation Etat islamique, dans cette ville située près de Raqqa (Syrie), le 24 août 2014. (REUTERS)

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ABBA KOVNER EN 1948
ABBA KOVNER EN 1948

Comme Avraham Stern*, Abba Kovner (1918-1987) a été un organisateur et un intellectuel. Lui aussi a commandé une organisation clandestine, à Vilna (également connu sous les noms de Wilno et Vilnius), avant de fonder le réseau “Breha”. Il a par ailleurs laissé une œuvre écrite, importante dans la vie culturelle israélienne.

* Ci-joint, l’article publié sur ce blog, ‟Avraham Stern, dit «Yair» (1907-1942)” : http://zakhor-online.com/?p=4881

Abba Kovner est né à Sébastopol. Enfant, il part avec sa famille pour Vilnius, en Lituanie, où il va suivre une scolarité en hébreu, à l’académie hébraïque. Très jeune, il s’inscrit à l’Ha-Shomer ha Tzair. Ci-joint, un article sur ce mouvement de jeunesse sioniste fondé en 1913 :

http://www.hashomer-hatzair.org/pages/english.aspx

A Vilnius, alors capitale de la République socialiste soviétique de Lituanie, Abba Kovner intègre en septembre 1939 un mouvement de résistance anti-soviétique. Mais c’est à partir de juin 1941, avec l’occupation allemande, qu’Abba Kovner entame la période la plus dramatique de sa vie : il se cache avec quelques amis dans un couvent dominicain des environs de Vilnius avant de rejoindre le ghetto de Vilnius où il prend la mesure des méthodes nazies. C’est là qu’il répand l’idée d’une révolte, qu’il structure une force de résistance et se place à la tête d’un groupe de partisans réfugiés dans les forêts de Vilnius.

Lorsque l’Opération Barbarossa est déclenchée, 80 000 Juifs vivent dans la capitale. La Lituanie va connaître le premier mass killing de Juifs dans le cadre de la Solution finale (Endlösung der Judenfrage). Au cours de l’occupation allemande, 95% des Juifs de Lituanie seront exterminés, soit environ 254 000 Juifs. Le 21 janvier 1942 se tient une importante réunion chez Joseph Glazman. Y participent les représentants de différents groupes : Abba Kovner (Ha-Shomer ha Tzair), Joseph Glazman (Betar), Yitzhak Wittenberg et Chyena Borowska (Parti communiste), Nissan Reznik (Ha-No’ar ha Ziyyoni). C’est aussi la première fois que les Juifs prennent les armes pour se défendre. Les groupes de résistance s’unissent pour former le Fareinikte Partisaner Organizatzie (F.P.O.). Le F.P.O. est placé sous les ordres d’une équipe constituée par Abba Kovner, Joseph Glazman et Yitzhak Wittenberg, auxquels s’ajouteront Abraham Chwojnik (Bund) et Nissan Reznik. Tous les mouvements juifs du ghetto de Vilnius sont ainsi représentés.

En juillet 1943, après l’arrestation de Yitzhak Wittenberg, Abba Kovner est placé à la tête du F.P.O. avec pour nom de guerre ‟Uri”. Dans la vidéo ci-jointe, Abba Kovner évoque au cours du procès d’Adolf Eichmann l’arrestation de son chef (27e session, le 4 mai 1961) :

https://www.youtube.com/watch?v=SBLN6X5kxC4

Alors que le ghetto est en passe d’être liquidé, Abba Kovner organise l’évacuation des combattants vers les bois. Dans les bois de Rodniky, il se place à la tête des combattants juifs survivants. Après la Libération, il sera actif au sein du mouvement ‟Breha” et de l’‟East Europe Survivors Brigade”, une organisation sioniste qui appelle les Juifs à s’unir, au vu de ce qu’ils viennent de subir et des menaces qui s’annoncent. En juillet 1945, Abba Kovner arrive en Italie, à la base de la ‟Ertez Israel Brigade” où il fait un discours sur la destruction des Juifs d’Europe et leur résistance au nazisme au cours de la guerre. Peu après, il se rend en Israël pour y trouver des appuis en vue d’organiser des actions punitives contre les responsables de la Shoah. De retour en Europe, il est arrêté et renvoyé en Israël où il ne tarde pas à être libéré.

En 1946, il s’installe en Israël, au kibboutz Ein ha-Horesh. Officier au cours de la Guerre d’Indépendance (1948-1949), il est responsable des activités culturelles au sein de la Givati Brigade. La guerre terminée, il consacre l’essentiel de son temps à écrire. Outre des poèmes (il aurait écrit son premier poème en 1945, alors qu’il était interné en Égypte), son œuvre compte des écrits relatant la Shoah et les luttes du peuple juif au cours de cette période ainsi qu’une trilogie en prose sur la Guerre d’Indépendance (1948-1949). Pour ceux qui voudraient en savoir plus à ce sujet, le lien ci-joint évoque d’une manière critique et précise le livre de Dina Porat, ‟The Fall of a Sparrow: The Life and Times of Abba Kovner” :

http://www.h-net.org/reviews/showrev.php?id=29738

On ne peut évoquer Abba Kovner sans évoquer Vitka Kempner Kovner (1920-2012). Ci-joint un riche lien mis en ligne par Jewish Women’s Archive :

http://jwa.org/encyclopedia/article/kempner-kovner-vitka

J’en viens à la partie la plus spectaculaire de la vie d’Abba Kover, à ses actions liées à la chasse aux nazis et à la vengeance. Abba Kovner et d’autres justiciers, les Nokmim (‟Les Vengeurs” en hébreu), décident de passer à l’action face à l’immensité d’un crime resté impuni, pas assez puni du moins. Durant plusieurs années et sur plusieurs continents, des Juifs font traquer et abattre des centaines d’ex-nazis. Les Procès de Nuremberg ne leur avaient pas suffi. Des millions d’Allemands ayant participé plus ou moins directement à la Shoah vivaient encore ; parmi eux, d’anciens membres de la Gestapo et de la SS. Quatre ans après la défaite de l’Allemagne, bien peu d’entre eux avaient été arrêtés. De guerre lasse, les Alliés avaient décidé qu’il ne valait plus la peine de faire tant d’effort et de dépenser tant d’argent à les traquer.

En 1945, Abba Kovner est à la tête des Nokmim (ou Nakam Group), des Juifs aux sensibilités très diverses allant du communisme au judaïsme orthodoxe mais tous bien décidés à venger leur peuple. Certains n’étaient pas des survivants de la Shoah, beaucoup avaient été membres de la Jewish Brigade (une section de la British Army composée de volontaires juifs originaires du Royaume-Uni, de Palestine mais aussi de l’Empire britannique) et ils souhaitaient apporter leur expérience militaire au groupe. L’historien David Cesarani estime que les plus efficaces des Nokmim étaient ces membres de la Jewish Brigade car ils bénéficiaient notamment du privilège de pouvoir se déplacer librement dans l’Europe d’après-guerre. Le territoire de chasse des Nokmim s’étendit à l’Espagne, à l’Amérique du Sud et au Canada (voir le cas Alexander Laak, responsable de la mort de milliers de Juifs dans le camp estonien de Jägala, probablement poussé au suicide, chez lui, dans la banlieue de Winnipeg, en 1960). Par ailleurs, les Nokmim surveillèrent de prêt le Réseau Odessa.

Au cours de la première phase des opérations, les Nokmim traquent les nazis un à un. Déguisés en MP (Military Police), ils procèdent à de fausses arrestations. L’interpellé finit généralement pendu chez lui de manière à faire croire à un suicide. D’autres sont victimes d’accidents de la route après le sabotage de leurs voitures. D’autres encore sont étranglés. Les Nokmim vont même jusqu’à injecter du kérosène à un agent de la Gestapo hospitalisé. These guys were not messing around. Ils voyagent beaucoup en Amérique du Sud…

Mais Abba Kovner n’est pas satisfait de cette méthode à faible rendement. Il faut que la vengeance s’exerce massivement. Six millions de Juifs ont été assassinés ; il faut assassiner six millions d’Allemands ! Abba Kovner et ses camarades établissent un plan (le Plan A) visant à empoisonner l’approvisionnement en eau de München, Berlin, Weimar, Nürnberg et Hamburg. Ainsi les Nokmim inspectent-ils les stations d’épuration et en étudient-ils le fonctionnement. Pendant que ses hommes échafaudent leur plan, Abba Kovner se rend en Israël et demande de l’aide à celui qui deviendra le premier président de l’État d’Israël, Chaim Weizmann (un chimiste de réputation mondiale) qui, dit-on, aurait aidé Abba Kovner à se fournir en poison. Rien ne prouve cependant que ce dernier ait révélé son dessein. On rapporte par ailleurs que Chaim Weizmann aurait approuvé le Plan B et repoussé le Plan A jugé arbitraire. Quoi qu’il en soit, des leaders juifs horrifiés par ce projet ont probablement averti les autorités mandataires car, lors de son retour en Europe, en bateau, Abba Kovner est arrêté. Le Plan A, soit l’empoisonnement massif de populations allemandes, a été déjoué, les dirigeants sionistes jugeant qu’il ne pouvait que porter préjudice au projet sioniste. Reste le Plan B.

Dotés d’un nouveau responsable, les Nokmim décident d’infiltrer le camp de détenus d’ex-SS allemands, le Stalag 13 de Nürnberg. Lorsqu’ils apprennent qu’une boulangerie fournit ce camp en pain, l’un des plus jeunes membres, Arye Distel, se fait boulanger. Fin avril 1946, le groupe passe à l’action et enduit trois mille pains d’arsenic. Le 20 avril, un article du New York Times mentionne l’empoissonnement de 1 900 détenus allemands sans mentionner le nombre exact de décès. On a évoqué plus de 1 000 décès, il semblerait qu’il y en ait eu 300 : bien moins que ce qu’espéraient les Nokmim ! Au cours des années 1950, les Nokmim poursuivent leur œuvre de vengeance sporadiquement avant de se séparer.

Ci-joint, un article de Jonathan Freedland pour The Guardian (26 juillet 2008), ‟Revenge”, rend compte de ces vengeances, très peu connues. Plusieurs livres retracent l’histoire de ces Nokmim. Les plus substantiels semblent être ‟The Avengers” de Rich Cohen, et ‟Forged in Fury” de Michaels Elkins, sans oublier les souvenirs d’un ancien membre du groupe, ‟From the Wings” de Joseph Harmatz :

http://www.theguardian.com/world/2008/jul/26/second.world.war

Ci-joint, un lien sur Joseph Harmatz, article de Jonathan Freedland pour The Observer (15 mars 1998) :

https://groups.google.com/forum/#!topic/alt.lawyers/oScgQBsVeKM

Olivier Ypsilantis

http://zakhor-online.com/?p=8281

L’écrivain yiddish Shmerke Kaczerginski et Abba Kovner à Vilnius

L’écrivain yiddish Shmerke Kaczerginski et Abba Kovner à Vilnius

Abba Kovner, au procès d’Adolf Eichmann en 1961

Abba Kovner, au procès d’Adolf Eichmann en 1961

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Published by DAVID - - ISRAEL

Dans la guerre que le Hamas a déclenchée l'été dernier, la disproportions des pertes humaines indique paradoxalement à quel point la cause d'Israël est juste.

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Le Figaro rapportait à la mi-octobre que selon un haut responsable militaire français, "L'adversaire est intelligent, et il s'adapte: Daech se mêle à la population des villes, installe ses postes de commandement dans les hôpitaux, les écoles." On lit bien Daech et non Hamas. Conclusion, pour éviter les dégâts collatéraux, les avions français patrouillent au-dessus de l'Irak, mais ne bombardent pas. L'efficacité du dispositif: nulle. Ce n'est pas grave semble-t-il. Pour nous Français, l'Irak c'est loin.

Sur le même théâtre d'opérations, les premières frappes américaines ont multiplié les victimes civiles, femmes et enfants, en particulier quand un "Tomawak " a impacté un regroupement de réfugiés dans le village de Kafr Daryan en Syrie. De nombreux autres civils ont trouvé la mort quand l'Air Force a confondu un peu plus loin, des silos à blé avec une base de l'État islamique. Le porte-parole du Conseil National de Sécurité américain, Caitlin Hayden, en a pris acte: "les normes élevées [fixées par Obama pour éviter les dommages collatéraux], ... ne couvrent pas les frappes actuelles sur la Syrie et l'Irak." Les États-Unis renoncent donc ouvertement à minimiser les victimes civiles.

Pourtant, il y a quelques semaines, les mêmes ignoraient les boucliers humains du Hamas et accablaient l'État juif d'accusations de "disproportion" et de "massacres". Cependant, même si les critiques occidentales de la défense si difficile d'Israël étaient infamantes, l'écart entre le nombre de victimes de part et d'autre, 2.100 morts à Gaza, 73 victimes pour Israël, est plein de sens. Il indique paradoxalement de quel coté se trouve la cause juste.

1) Du coté du Hamas, il n’y avait strictement aucun dispositif de protections des civils, alors que sa stratégie de tirs indiscriminés sur les zones vitales d'Israël allait nécessairement déclencher un retour de feu. Pas le moindre abri, alors que le Hamas sait si bien creuser et bétonner, pas de système d'alerte, pas d’équipes médicales dédiées. Par contre les chefs était parfaitement protégés dans les étages et les sous-sols des hôpitaux;

2) Amateur de boucliers humains, le Hamas a contraint sa population à rester sur les sites où des frappes étaient annoncées, ou même à s'y rassembler. Il en a été si fier que son porte-parole Sami Abou Zouri, a revendiqué publiquement ce crime de guerre;

3) Le Hamas a tiré ses roquettes depuis les sites civils les plus populeux (écoles, mosquées, hôpitaux, hôtels, quartiers d'habitation), suscitant des pertes civiles en retour. Les images de civils trépassés, d'enfants en particulier, étaient souhaitées comme gages de victoire dans la guerre des média en Occident, et ferments d'agitation de la rue arabe. En transportant le djihad de la sphère militaire au cœur de la vie civile et de la société, en procédant à l'exécution publique de civils sans jugement, aux antipodes de la philosophie des Conventions de Genève sur la guerre, le Hamas et ses satellites affichaient leur proximité idéologique avec al-Qaeda, al-Nusra, et l'État islamique.

4) De nombreuses roquettes, plus de 700, sont retombées sur le territoire de Gaza causant des pertes nombreuses et des destructions, comme l'incendie des réservoirs de carburant de la centrale électrique. Le Hamas aura aussi répandu l’horreur par amateurisme, en négligeant totalement les conséquences mortelles de la malfaçon de ses roquettes pour les civils de Gaza.

Inversement, le nombre de victimes israéliennes du Hamas a été bien mince, même si la douleur a été immense. Cela malgré ses commandos de marine, ses tunnels d'attaque, et ses 4.500 roquettes tirées au jugé (à la différence des missiles, les roquettes, non guidées, ont toutes les chances de ne tuer que des civils). Ce résultat étonnant de tient pas du miracle, mais d'un intense effort collectif de l’État juif.

La protection des civils d'Israël repose sur l'éducation permanente de la population à la conduite à tenir en cas d'alerte. Ensuite, depuis des décennies, la population est encouragée à équiper son logement d'une pièce hautement protégée. En complément, de nombreux abris étaient disponibles dans les villes, les villages et toutes les aires civiles.

A coté de ce dispositif, les autorités israéliennes ont créé un réseau d'alertes sonores instantanées dans les zones visées par les tirs. Et bien sûr, une merveille de la technologie israélienne, Dôme d'acier, a assuré les interceptions en vol.

Enfin, un Centre de Commandement Médical, entrainé aux situations d'urgence, déployait le plus promptement possible ses équipes soignantes sur le Front intérieur.

Israël aime infiniment la vie, la vie des êtres humains, des siens bien sûr, mais aussi celles des autres, et même celles de ses adversaires. C'est en partie un legs de la Shoah. Ne plus perdre une seule vie désormais. C'est aussi une éthique. Pour gagner, le Hamas résume son avantage en une formule: "Nous aimons la mort, plus que vous n'aimez la vie." L'éthique de la mort, à l'usage de ses enfants d'abord, est revendiquée officiellement. C'est la culture du djihad contemporain, aux couleurs du nazisme, le noir, à Gaza tout comme en Irak.

La "valeur-vie" d'Israël lui a fait construire un hôpital de campagne pour Gaza au passage d'Erez (le Hamas l'a bombardé au mortier), et continuer d'accueillir les civils gazaouis pour des traitements lourds dans ses hôpitaux, en dépit des hostilités. Elle lui a fait multiplier avant ses frappes toutes sortes d'avertissements, y compris personnalisés, qui mettaient parfois ses propres soldats en danger. Ainsi, les dommages infligés aux civils gazaouis ont été radicalement inférieurs aux "normes" ordinaires de la guerre. Un civil perdu pour un militaire à Gaza, contre en moyenne dans les guerres, 4 pertes civiles pour un combattant, soit quatre fois moins. C’est pourquoi il n’y a eu "que" 2.100 morts à Gaza, dont 49% de moujahids en armes.

C'est ici qu'il faut souligner que les accusations occidentales de massacre et de carnage proférées contre Israël, les "manifestations de solidarité" de la gauche et l'extrême gauche, le financement de la reconstruction sans démilitariser le Hamas, contribuent à valider la stratégie des têtes brûlées djihadistes de la région, et à arracher toujours plus de vies à la malheureuse population-otage de Gaza.

Éditorial : Culture et disproportion

Pour un autre regard sur le Proche-Orient n°15 Octobre 2014

http://fim13.blogspot.fr/2014/10/culture-et-disproportion.html

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Published by DAVID - - TERRORISME, MONDE ARABO MUSULMAN, ISLAM

https://www.youtube.com/watch?v=3sZa6VpPuqU

Dans une interview télévisée, l’analyste iranien Mohammad Sadeq Al-Hosseini, ancien conseiller du président iranien Khatami, qualifie l’Arabie saoudite de « tribu en voie de disparition ». Il ajoute : « Nous, dans l’axe de résistance, sommes les nouveaux sultans de la Méditerranée et du Golfe… et nous façonnerons la carte de la région. Nous sommes aussi les sultans de la mer Rouge.

Extraits de l’interview, diffusée sur Al-Mayadeen TV le 24 septembre 2014 :

Mohammad Sadeq Al-Hosseini : Le détroit de Bab Al-Mandeb et le détroit d’Ormuz resserrent le noeud sur la mer Rouge, sur Israël dans le canal de Suez…

Journaliste : Et vous pensez que l’Arabie saoudite n’a rien à dire à ce sujet ? Le détroit de Bab Al-Mandeb fait de même avec ses exportations de pétrole.

Mohammad Sadeq Al-Hosseini : L’Arabie saoudite est une tribu en voie de disparition. Le souverain saoudien représente une tribu en voie de disparition. C’est ce que les meilleurs observateurs disent. Fin de discussion.

[...]

Abd Al-Malik Al-Houthi est aujourd’hui le patron au Yémen, et il deviendra le patron de la Péninsule arabique, et quand cela arrivera… Abd Al-Aziz Aal Saoud disait [aux Saoudiens] : « Quand le Yémen est faible, vous êtes forts, et quand le Yémen est fort, vous êtes faibles ». Il l’a dit quand il a créé l’Arabie saoudite en 1923. La situation s’est inversée. Aujourd’hui, les Yéménites sont devenus forts, tandis que les Saoudiens sont devenus faibles. Je ne parle pas de richesse, d’armes ou de relations internationales, mais de géopolitique et d’histoire en train de se faire. Nous sommes en pleine transformation. Une troisième guerre mondiale est en marche…

Journaliste : Selon un rapport américain, en 2050, le Yémen contrôlera la région arabe.

Mohammad Sadeq Al-Hosseini : Absolument. Tout a commencé aux portes de Damas… Ce qui a modifié la carte était la fermeté du peuple syrien et de l’armée, du Hezbollah et des Iraniens à Damas, lorsqu’ils ont empêché la ville de tomber, le 3 septembre 2013. Obama a bu de la coupe empoisonnée à trois reprises : aux portes de Damas, aux murailles de Gaza, et à la périphérie de Bagdad. Aujourd’hui, il boit de cette coupe pour la quatrième fois – cette fois à Sanaa.

[...]

[Obama] veut revenir dans la région, mais sous une nouvelle apparence et avec de nouvelles tactiques. Mais il est trop tard pour cela. Tu ne peux pas revenir dans la région, Obama – ni toi, ni personne d’autre.

Journaliste : Alors, qui prendra le contrôle ?

Mohammad Sadeq Al-Hosseini : Nous, dans l’axe de la résistance, sommes les nouveaux sultans de la Méditerranée et du Golfe. Nous à Téhéran, Damas, dans la banlieue sud de Beyrouth [sous contrôle du Hezbollah], à Bagdad et à Sanaa, façonnerons la carte de la région. Nous sommes aussi les nouveaux sultans de la mer Rouge.

[...]

http://www.memri.fr/2014/10/20/lanalyste-iranien-mohammad-sadeq-al-hosseini-larabie-saoudite-est-en-voie-de-disparition-nous-sommes-les-nouveaux-sultans-de-la-mediterranee-du-golfe-et-de-la-mer-rouge/

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Published by DAVID - - IRAN NUCLEAIRE, MONDE ARABO MUSULMAN

Curieusement, dans son discours du 1er octobre à l'ONU, Obama a ridiculisé la vieille théorie qui accuse Israël de déstabiliser le Proche-Orient et de compromettre la paix mondiale, faute d'une solution à son conflit avec les Palestiniens.

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L'an dernier, avec ses gros sabots, Laurent Fabius reprenait à Ramallah l'antienne favorite : « il demeure que la question israélo-palestinienne est une, et peut être la question centrale de la région… », suivi de François Hollande à Paris :"j’ai bien conscience que rien de solide ne pourra se faire sans que le conflit israélo-palestinien n’ait été réglé." Israël, et son défi aux Arabes, comme cause de l'instabilité du Moyen-Orient, et par contagion, du monde entier, c'est l’un des vieux thèmes officiels de la propagande anti israélienne qui devait conduire en 2003, 59% des Européens à faire d'Israël "la menace la plus sérieuse pour la paix du monde." (Sondage Eurobaromètre)

Obama avait aussi présenté le conflit israélo-arabe comme "une source majeure d’instabilité depuis trop longtemps," et au plus haut de la tension avec Jérusalem, il avait autorisé ses deux bras droits, Hillary Clinton et le général David Petraeus, à affirmer que "les soldats américains risquent leur vie en Irak et en Afghanistan parce que le problème palestinien n'a pas été résolu."

Était-on si loin des thèses nazies imputant aux Juifs la responsabilité des guerres? Dans la version prisée à Paris Israël était le chiffon rouge attisant le choc des civilisations avec l’islam, avec tous ses risques pour l’Occident. Le journaliste anglais Douglas Murray s'indignait de cette rhétorique accusatrice et stupide : « Rarement dans l’histoire diplomatique, quelque chose d’aussi faux a été véhiculé par tant de gens, pendant aussi longtemps. »

Et voila qu'une révolution conceptuelle vient de dissiper une vérité si profondément ancrée. Dans son discours devant l'assemblée générale de l'ONU, le 1er octobre dernier, Barack Obama a asséné : "La situation en Irak, en Syrie et en Libye doit guérir tout le monde de l'illusion que le conflit israélo-arabe est la principale source des problèmes de la région. Depuis trop longtemps on en a fait une excuse pour détourner les gens des problèmes intérieurs."

La surprise a été grande. Des idées enfin censées étaient exprimées à la tribune de l’ONU, par l’un des présidents américains les moins bien disposés à l’endroit d’Israël.

Peut-être avait-il les raisons du politicien qui voit approcher les élections de midterm. Peut-être voulait-il relativiser son incapacité personnelle d’apporter une solution, après la cuisante débâcle de John Kerry ? Peut-être se rendait-il compte de la gravité de la menace d’extension à l’Europe et aux États-Unis du chaos actuel au Moyen-Orient, et du péril à masquer ce problème majeur derrière le conflit israélo-palestinien, un différend annexe au regard de la chaudière allumée par les djihadistes.

Les grands théoriciens de la « centralité » du conflit israélo-palestinien, Fabius, Védrine, Villepin, le Quai d’Orsay dans son ensemble, n’ont pas commenté cette déclaration ravageuse d’Obama.

En tout état de cause, ces paroles solennelles prononcées dans l’enceinte de l’ONU resteront, et il faudra en tenir compte.

Mais où est passée la « centralité » du conflit israélo-palestinien ?
par Jean-Pierre Bensimon
Pour un autre regard sur le Proche-Orient n°15 Octobre 2014

http://fim13.blogspot.fr/2014/10/mais-ou-est-passee-la-centralite-du.html

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Obama et Erdoğan ne sont plus vraiment les meilleurs amis.
Obama et Erdoğan ne sont plus vraiment les meilleurs amis.

Il y a douze ans à peine, la République turque était perçue à juste titre comme un allié exemplaire au sein de l'OTAN, un modèle d'État musulman pro-occidental et un pont entre l'Europe et le Moyen-Orient. L'alliance militaire avec le Pentagone sous-tendait toute une série de relations économiques et culturelles avec les Américains. Pour nous qui travaillons sur le Moyen-Orient, le temps passé à Istanbul, à Ankara et dans d'autres villes turques, était comme une oasis de fraîcheur au milieu d'une région en ébullition.

Mais voilà qu'au lendemain de ces fameuses élections de 2002, le pays a complètement changé de cap. Dans un processus d'abord lent qui s'est ensuite accéléré dès le milieu de 2011, le gouvernement s'est mis à violer ses propres lois, est devenu autocratique et s'est allié aux ennemis des États-Unis. Même les plus réticents à reconnaître ce changement ont bien été obligés de l'admettre. Si en 2012 Barack Obama classait le dirigeant politique turc dominateur, Recep Tayyip Erdoğan, parmi ses cinq meilleurs amis étrangers, il a montré une attitude toute différente, il y a quelques semaines, en désignant un simple chargé d'affaires pour le représenter à la cérémonie d'investiture d'Erdoğan devenu président – une gifle publique.

À quoi ce changement est-il dû ? Pourquoi la Turquie a-t-elle mal tourné ?

Antécédents historiques

Pour comprendre cette situation actuelle inattendue, il faut se reporter à l'époque de l'Empire ottoman. Fondé en 1299, celui-ci établit son contrôle sur une partie substantielle du continent européen (principalement la région des Balkans qui reçut son nom d'après le mot turc signifiant montagne), ce qui fit de lui la seule entité politique musulmane capable de rivaliser avec l'Europe au moment où les chrétiens occidentaux devenaient peu à peu le peuple le plus prospère et le plus puissant de la planète. Alors qu'au fil des siècles, l'Empire ottoman s'affaiblissait face aux autres puissances européennes, son sort devint une préoccupation majeure de la diplomatie européenne (la « Question d'Orient ») et on se mit à le considérer comme une proie (« l'homme malade de l'Europe »).

Du point de vue ottoman, la question insoluble qui se posait constamment était de savoir ce qui était bon à prendre de l'Europe et ce qui ne l'était pas. En général, les Ottomans trouvèrent que les innovations militaires et médicales étaient les plus acceptables. Dans d'autres domaines, ils se montrèrent plus hésitants. Ainsi c'est en 1493 que les juifs de l'Empire publièrent leur premier livre au moyen de l'imprimerie à caractères mobiles ; les musulmans, eux, attendirent des siècles, plus précisément 1729, avant de les imiter. En d'autres termes, l'adoption des méthodes européennes fut un processus lent, difficile et chaotique.

C'est dans ce contexte que survint la défaite ottomane lors de la Première Guerre mondiale, suivie de la prise du pouvoir par Mustafa Kemal. L'éminent général d'armée victorieux mit fin à l'Empire en proclamant la République de Turquie, de loin plus réduite et limitée principalement aux populations turcophones. Durant les quinze premières années de cette république (1923-1938), le pays fut dominé par Mustafa Kemal qui se fit appeler Atatürk. Champion de l'occidentalisation et contempteur de l'islam, il imposa une série de changements radicaux qui caractérisent aujourd'hui encore la Turquie et qui font d'elle un pays très différent du reste du Moyen-Orient, notamment par sa laïcité, ses lois calquées sur des codes européens ainsi que l'usage de l'alphabet latin et des noms de famille.

À certains égards, Atatürk était en avance sur ses compatriotes notamment lorsqu'il proposa d'installer des bancs dans les mosquées et de faire l'appel à la prière non plus en arabe mais en turc. Presque immédiatement après sa mort en 1938, on commença à détricoter sa politique de laïcisation. Cependant l'armée turque, dans son double rôle de pouvoir politique ultime et de dépositaire de l'héritage d'Atatürk, posa des limites à ces changements. Les premières tentatives sérieuses commencèrent avec l'instauration de la démocratie dans les années 50. D'autres tentatives suivirent mais sans succès.

Toutefois, l'armée n'étant pas une force propice à la créativité ni au progrès intellectuel, les maximes d'Atatürk, répétées sans cesse durant des décennies, devinrent des formules creuses et éculées. Alors que les désaccords se multipliaient, les partis qui conservaient sa vision des années 1920, stagnèrent et dégénérèrent en organisations corrompues et avides de pouvoir. Dans les années 1990, les gouvernements qui se succédèrent rapidement s'aliénèrent une partie importante de la population.

Essor de l'AKP

Profitant de la situation, Erdoğan fonda en 2001 avec Abdullah Gül, homme politique islamiste lui aussi, le Parti de la Justice et du Développement (AKP). Promettant une bonne gouvernance et une croissance économique fondées sur des valeurs traditionnelles, le parti connut un succès impressionnant lors de sa première campagne électorale en novembre 2002, remportant un peu plus du tiers des suffrages. Mais en raison du refus des pachas des partis de la veille garde de coopérer entre eux, le Parti Républicain du Peuple (CHP) fut le seul à recueillir plus de 10 pourcents des voix, seuil à atteindre pour être représenté au parlement.

Près de la moitié des votes étant passés ainsi à la trappe, l'AKP avec ses 34 pourcents des suffrages remporta 66 pourcents des sièges au parlement, transformant une majorité absolue confortable en victoire écrasante. Lors des élections suivantes, en 2007 et en 2011, les partis d'opposition veillèrent à ne pas disperser leurs votes, si bien que l'AKP connut un sort paradoxal : tout en augmentant le pourcentage des suffrages en sa faveur (46 puis 50 pourcents) il perdit des sièges au parlement (62 puis 59 pourcents).

Erdoğan s'efforça tout d'abord de se contrôler : il se concentra sur la croissance économique et régla les questions problématiques de l'agenda politique turc telles que le problème chypriote, l'adhésion à l'Union européenne et le refus très ancien de reconnaître que les Kurdes ne sont pas turcs. Par la suite, il engrangea les succès : dans un pays affichant des taux de croissance économique comparables à ceux de la Chine, il s'imposa comme un médiateur sur la scène politique du Moyen-Orient (par exemple entre Jérusalem et Damas) et comme l'islamiste favori de l'Occident. Ce faisant, il sembla résoudre l'antagonisme vieux de plusieurs siècles entre Islam et Occident, dont il fit une synthèse apparemment réussie.

Toutefois l'objectif à long terme de l'AKP fut la mise au pas de l'armée : condition nécessaire pour la réalisation de son objectif ultime à savoir le renversement de la révolution d'Atatürk et le retour de la Turquie à un régime intérieur et à un statut international de type ottoman. Cet objectif fut atteint avec une surprenante facilité. Pour des raisons qui demeurent obscures, les dirigeants des forces armées supportèrent sans broncher les accusations de complots, les arrestations d'officiers et finalement l'éviction de l'état-major. Ce drame prévisible ne donna lieu à pratiquement aucune protestation.

Une fois obtenue la capitulation de l'armée, Erdoğan s'attaqua à ses rivaux intérieurs, particulièrement son allié de longue date, l'islamiste Fethullah Gülen, chef d'un mouvement national de masse disposant de réseaux dans les institutions publiques clés. L'extravagance populiste d'Erdoğan fut bien accueillie par son électorat – les Turcs se sentant oppressés par l'ataturquisme. Galvanisé par ce succès, il apparut dans toute sa splendeur mégalomaniaque en juin 2013 lors des manifestations du parc Gezi à Istanbul : se déchaînant contre ses concitoyens qu'il accablait d'injures, il traîna en justice un groupe de fans de football pour tentative de renversement de son gouvernement.

En décembre 2013, la révélation de preuves de corruption manifeste au sein de l'AKP conduisit non pas à une reculade mais bien à l'arrestation des officiers de police à l'origine de la révélation. Ce comportement agressif s'étendit aux opposants des médias, du parlement et même de la magistrature. En diabolisant ses détracteurs, Erdoğan réjouit sa base électorale et remporta l'une après l'autre chaque élection, accroissant ainsi son pouvoir personnel, à l'image du président vénézuélien Hugo Chávez.

Politique étrangère

Les relations internationales connurent la même évolution : au départ, quelques objectifs modestes devenant au fil du temps de plus en plus ambitieux et hostiles. La politique de « zéro problème avec les voisins » définie par son conseiller principal en politique étrangère, Ahmet Davutoğlu, commença à porter ses fruits : vacances avec le tyran de Damas, aide aux mollahs de Téhéran cherchant à éviter des sanctions, relations réciproquement avantageuses quoique tièdes avec l'État juif. Même les ennemis de toujours comme la Grèce ou l'Arménie profitèrent de son offensive de charme. Les grandes puissances privilégiant les bonnes relations, le projet néo-ottoman de l'AKP consistant à rétablir la primauté du pays dans ses anciennes colonies semblait à portée de main.

C'est alors qu'Erdoğan montra sur la scène étrangère l'arrogance extrême dont il avait fait preuve dans son pays et usa des pires critiques. Si la moitié de l'électorat turc applaudit ses excès de langage, peu d'étrangers en firent autant. Au début de 2011, alors que les soulèvements dans les pays arabes bouleversaient le Moyen-Orient, Erdoğan et Davutoğlu ne trouvèrent rien de mieux que de s'éclipser au point qu'Ankara vit ses relations se dégrader, voire s'envenimer, avec nombre de ses voisins.

La rupture avec le président syrien Bachar al-Assad, qui demeure peut-être l'un de ses plus grands échecs, eut de nombreuses conséquences négatives : arrivée en Turquie de millions de réfugiés arabophones indésirables, situation de guerre par procuration avec l'Iran, obstruction des routes commerciales turques vers une grande partie du Moyen-Orient et création de forces djihadistes à l'origine de l'État islamique et de son califat autoproclamé. Le soutien turc aux sunnites d'Irak précipita l'effondrement des relations avec Bagdad. Une hostilité envers Israël digne de l'époque nazie mit fin à l'alliance la plus forte qu'avait Ankara dans la région. Le soutien ardent qu'Erdoğan apporta au régime des Frères Musulmans en Égypte, qui dura un an en 2012-2013, se transforma par la suite en hostilité ouverte envers le nouveau pouvoir. Les menaces dirigées contre la République de Chypre à la suite des découvertes de gisements de gaz, aigrirent encore plus des relations déjà conflictuelles alors que les entrepreneurs turcs perdaient plus de 19 milliards de dollars dans l'anarchie libyenne.

Sur le plan international, les relations avec Washington connurent de nouvelles difficultés quand Ankara fit mine d'acheter un système de missiles chinois. Les appels lancés aux millions de Turcs vivant en Allemagne pour ne pas s'assimiler au pays d'accueil créèrent des tensions avec Berlin, tout comme le rôle potentiel d'Ankara dans l'assassinat de trois Kurdes à Paris.

Tous ces affronts laissèrent Ankara pratiquement sans amis, les bonnes relations étant maintenues avec un seul pays, le Qatar (peuplé de 225.000 habitants), avec le Gouvernement régional du Kurdistan dans le nord de l'Irak, et avec les Frères Musulmans dont le Hamas et les branches syriennes de la confrérie. Bizarrement, malgré cet échec cuisant, Erdoğan continua à soutenir la politique de « zéro problème ».

Perspectives

Durant l'année qui vient, Erdoğan, fort d'un nombre impressionnant de victoires électorales et d'un pouvoir étendu, sera néanmoins confronté à trois défis : électoral, psychologique et économique. Son accession à la présidence, le 28 août, nécessite une modification de la constitution qui lui permettrait de devenir le chef de ce pouvoir exécutif fort qu'il désire tant. Ce changement nécessitera à son tour une bonne prestation de l'AKP lors des élections législatives de 2015 ; faute de quoi, il faudra, pour réaliser ses ambitions, faire des concessions substantielles aux Kurdes de Turquie afin de gagner leur soutien. Maintenant que le parti se trouve dans les mains inexpérimentées de Davutoğlu, passé récemment du poste de ministre des Affaires étrangères à celui de Premier ministre, on peut douter de sa capacité à remporter les sièges nécessaires.

Ensuite, le sort d'Erdoğan dépend de l'attitude de Davutoğlu jusqu'ici son fidèle consigliere. Si Davutoğlu se mettait à nourrir des ambitions personnelles, ce qui est tout à fait envisageable, Erdoğan se trouvera cantonné à un rôle surtout protocolaire.

Enfin, l'économie instable de la Turquie dépend de capitaux étrangers fébriles en quête de taux de rendement plus élevés, de flux financiers douteux en provenance des pays du Golfe et dont l'origine et le parcours posent question, ainsi que de toute une série de projets d'infrastructures destinés à pérenniser la croissance. Ici, le comportement très erratique d'Erdoğan (fulminant tantôt contre ce qu'il appelle le « lobby des intérêts », tantôt contre les agences de notations comme Moody's et Fitch, voire même contre le New York Times) décourage de nouveaux investissements alors qu'un surendettement énorme menace de plonger le pays dans la banqueroute.

C'est pourquoi si la suite ininterrompue de succès électoraux pourrait laisser croire qu'Erdoğan continuera à dominer la vie politique turque, il existe néanmoins des éléments de taille qui pourraient y mettre fin et la symbiose entre l'expérience de l'Occident et la fidélité aux valeurs islamiques pourrait bien voler en éclats.

Politique américaine

Dotée d'une population jeune de 75 millions d'habitants, d'une position centrale, du contrôle d'une voie navigable essentielle, et de huit voisins dont la plupart posent problème, la Turquie constitue un allié de premier choix. En outre, le pays jouit d'une position prééminente au Moyen-Orient parmi les populations turcophones établies de la Bosnie au Xinjiang et parmi les musulmans du monde entier. L'alliance turco-américaine qui a débuté lors de la Guerre de Corée a été très profitable à Washington qui, on peut le comprendre, n'est pas disposé à perdre cet allié.

Ceci dit, une alliance ne peut être le fait d'une seule partie. Les gestes posés par Ankara –relations amicales avec l'Iran, soutien au Hamas et à l'État islamique qui mine l'autorité de Bagdad, virulence à l'égard d'Israël et menaces contre Chypre – rend sa qualité de membre de l'OTAN à tout le moins contestable et, au pire, hypocrite.

Washington doit faire remarquer que les techniques d'intimidation qui font gagner des élections en Turquie ne marchent pas ailleurs dans le monde. Le Wall Street Journal a judicieusement proposé de déplacer la base militaire américaine de Turquie au Kurdistan irakien. Il faut en tous les cas désavouer le pouvoir de plus en plus dictatorial exercé par Erdoğan tout comme il faudrait désavouer Ankara pour son occupation continuelle de Chypre, son soutien aux terroristes et ses déclarations antisémites. Au-delà de ces démarches, le temps est venu pour le gouvernement américain de dire clairement que si des changements majeurs n'interviennent pas rapidement, il insistera pour suspendre voire exclure la Turquie de l'OTAN.

Si Erdoğan continue à se comporter en voyou, alors son ancien allié devrait le traiter comme tel.

par Daniel Pipes
The Weekly Standard
13 octobre
2014

http://fr.danielpipes.org/15032/turquie-mal-tourne

Version originale anglaise: How Turkey Went Bad
Adaptation française: Johan Bourlard

Symbole parmi d'autres, Atatürk était un dandy à l'Occidentale.

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Les Turcs constatent qu'Erdoğan et Hugo Chávez (nés l'un et l'autre en 1954) ont des traits communs.

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Les capitaux fébriles ont financé des infrastructures en Turquie comme le troisième pont sur le Bosphore.

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Conférences FJN : 16 Novembre à Marseille à 12h30

Lieu : Salon de Mazal Tov

11 traverse Pourrière
13008 Marseille
Contact : 06 61 68 54 56 et 0619 42 96 38
PAF
: 25€


Conférence-débat animée par Guershon Nduwa et Christine Yaltonsky.


L’errance du peuple juif ne s’est pas arrêtée aux portes septentrionales du Sahara.
On savait que le Maghreb abritait une importante communauté juive, agrandie après les persécutions européennes au 15ème et 16ème siècles, puis amoindrie avec la Shoah et révigorée lorsque ses membres rejoignirent l’Etat d’Israël après 1948 jusqu’aux communautés juives éthiopiennes "Beta d’Israël" aujourd’hui.
1. Mais qui pouvait penser que des Bnei-Israel se trouveraient également au Nigeria, au Zimbabwe ou en Afrique du S
ud ?

Publié par Guershon

http://feujn.org/spip.php?article145
Conférences FJN : 16 Novembre à Marseille à 12h30

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