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RIPOSTE SEFARADE

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Le baromètre de la confiance politique ne va pas faire plaisir aux bien-pensants. Initialement réalisé au mois de décembre dernier, le CEVIPOV a pris la décision de refaire l’enquête après les attentats. Et les résultats sont sans appel : à l’égard de la politique, 40% des personnes interrogées ressentent de la méfiance, 25% du dégoût et 11% d’ennui. Pour 85% des sondés, «les responsables politiques ne se préoccupent pas de leur opinion». (source)

69% des Français estiment qu’il y a trop d’immigrés. L’islam, une «religion négative» pour 7 Français sur 10

59% des personnes interrogées «n’ont ni confiance dans la droite ou dans la gauche pour gouverner le pays». Pour 69% des interrogés, «il y a trop d’immigrés» (20 points de plus qu’en 2009), et «il faudrait rétablir la peine de mort» pour 50% des sondés (+18 points en cinq ans).

L’islam est une religion perçue négativement pour 69% des Français. Pour 87% des sondés, «les Français juifs sont des Français comme les autres». Lorsqu’il s’agit des musulmans, ils ne sont plus que 68% à le penser. Les méfaits de la mondialisation sur notre territoire inquiète aussi les Français : pour un Français sur deux, «la France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui». 50%, soit dix points de plus que l’enquête réalisée au mois de décembre dernier.

Dans le domaine scolaire, on est également loin de l’adhésion aux réformes proposées par les idéologues Hamon ou Belkacem, pourfendeuse de la théorie de genre et des ABCD de l’égalité en milieu scolaire : 64% des Français estiment que l’école doit «donner avant tout le sens de la discipline et de l’effort» au lieu de «former des gens à l’esprit critique» (35 %).

Enfin, voilà un chiffre qui rassure : 82% des sondés sont «fiers d’être français». Une hausse de dix points par rapport au mois de décembre.

Mais aussi : L’armée au pouvoir ? 15 % des Français sont pour ! Avec 83% de confiance, l’armée est l’une des institutions les plus appréciées par les Français. (source)

C’est l’une des grandes surprises du «baromètre de la confiance politique» réalisée par le Cevipof (SciencesPo) et l’institut de sondage Opinionway. 15 % des personnes interrogées souhaiteraint que «l’armée gouverne le pays», un chiffre en hausse de trois points depuis l’an dernier. 84% des Français considèrent néanmoins qu’il s’agit là d’une mauvaise idée… Dans le détail, les jeunes sont les plus favorables à un pouvoir militaire : 22% chez les 18/24 ans et 26% chez les 25/34 ans – les plus âgés étant les plus hostiles (7% chez les plus de 65 ans). C’est aux deux extrêmes que les partisans d’une junte sont aussi les plus répandus : 22% chez les électeurs de la gauche radicale et 30% chez ceux du FN.

Cette vaste enquête d’opinion publique montre également que l’armée est l’une des institutions dont lesquelles les Français ont le plus confiance, avec 83% de réponses favorables, juste derrière les PME (84%). Là encore le chiffre est en hausse, de 7 points en un an. L’armée inspire plus confiance que l’école (68%), mais surtout que les partis politiques, bons derniers à 14%, les syndicats, 29%, les médias 30% et les banques 34%. Bref, l’armée est plébiscitée par les Français.

Posté par sil

http://extremecentre.org/2015/02/27/le-sondage-choc-trop-dimmigration-peine-de-mort-probleme-de-lislam/

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Published by DAVID - - FRANCE

La France vendue aux Arabes

La gauche a une vieille tradition antisémite, je dis bien antisémite. Que le lecteur se reporte au livre de Michel Dreyfus et au compte-rendu en neuf parties que j’en ai fait sur ce blog même sous le titre : « En lisant ‟L’antisémitisme à gauche – Histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours” de Michel Dreyfus ».

Michel Onfray écrit : « J’aimerais qu’on arrête, à gauche, d’être sur une position islamophile qui suppose un antisémitisme forcené. Il y a une tradition, à gauche, qui fait qu’on est islamophile par antisémitisme. Il y a dans l’histoire de la gauche, depuis la création d’Israël, une complaisance pour les gens qui veulent en finir avec Israël. »

Ainsi que je l’ai noté à plusieurs reprises, il y eut d’abord une sympathie de la gauche pour Israël, sympathie activée et soutenue par l’U.R.S.S. qui voyait dans la création de cet État un excellent moyen de contrarier les visées anglo-saxonnes. Mais l’U.R.S.S. déchanta vite et, à partir de 1956, favorisa l’antisémitisme, dans le monde arabe principalement, tout en s’en prenant aux Juifs soviétiques ainsi qu’aux Juifs du bloc soviétique. Cette orientation permit à l’ensemble de la gauche de suivre un mot d’ordre généralement implicite et d’autant mieux accepté qu’il permettait lui de vivre sans complexe son antisémitisme. Les effets de cette politique se font toujours sentir puisque nombre de braves citoyens pensent plus ou moins ouvertement qu’Israël est la principale source de l’instabilité au Moyen-Orient voire dans le monde, ce qui suppose logiquement que, pour eux, la disparition de l’État d’Israël permettrait à la région et au monde de connaître enfin la tranquillité…

Au risque de me répéter, j’en reviens à l’état de la France, aujourd’hui. On ne peut le comprendre sans un retour dans l’histoire. Pointer du doigt une certaine immigration ne suffit pas. Il faut revenir au Général de Gaulle, au quai d’Orsay et à l’AFP., à 1967, avec la guerre des Six-Jours et l’écrasante victoire des armées d’Israël contre une coalition égyptienne, jordanienne et syrienne. Cette victoire mit à mal l’image du Juif faible, ne survivant que par la grâce de ses protecteurs. Le Général et bien d’autres avec lui « pétèrent un boulon » ; on me pardonnera cette expression argotique mais, en la circonstance, je n’en vois pas de mieux appropriée. Il ne s’agit pas de traiter le Général d’antisémite ; à Londres, il était entouré de Juifs, des Français Libres. Il n’empêche que c’est lui qui a initié la politique antisioniste de la France. Le Général plaçait l’intérêt de la France au-dessus de tout, comment lui en vouloir ? On peut même l’en féliciter. Mais il se trouve que la politique arabe de la France, censée coïncider avec les intérêts essentiels du pays, aurait au fils des décennies d’incalculables conséquences. La France voulait assurer son indépendance énergétique mais aussi s’attirer les bonnes grâces de l’ensemble des pays arabo-musulmans qui pesaient (et pèsent toujours) d’un poids considérable à l’O.N.U. et, ainsi, devenir un acteur incontournable de la diplomatie mondiale, entre les deux géants d’alors, les U.S.A. et l’U.R.S.S. Une fois encore, il ne s’agit pas de refaire l’histoire ni même de vitupérer le Général de Gaulle mais d’analyser quelques-unes des causes de la situation actuelle. Les minauderies de Sarkozy envers le Qatar ont une généalogie.

On fit ses calculs : les pays arabes pesaient bien plus lourd qu’Israël ; et puis la démographie était du côté des Arabo-musulmans. Car, enfin, le « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » disposait d’un territoire équivalent à deux départements français et sa population n’était en millions qu’à un chiffre tandis que celle des pays arabes était à trois. On se souvient : en octobre 1973, la guerre de Kippour déclenche le premier choc pétrolier ; le prix du pétrole produit dans le Golfe Persique est multiplié par quatre en quelques semaines. Nessim Robert Cohen-Tanugi écrit dans un article intitulé « Comment en est-on arrivé là ? » (titre qui reprend une récente question de François Hollande) rappelle ce qui suit : « Après la guerre de Kippour, le monde arabe utilisa sans fard le langage du chantage au pétrole. Les Européens, et les Français en tête, multiplièrent de nombreuses réunions et conférences, dont celle, par exemple, du 10 juin 1975, quand une délégation de la CEE rencontra la Ligue arabe et l’OLP, où le porte-parole, M. Dajani, jouait cartes sur table : les accords économiques avec l’Europe dépendront de l’alignement européen sur la politique arabe concernant Israël. Depuis, ce principe est resté parfaitement observé, tel le soutien en janvier de la motion de l’Autorité palestinienne exigeant le retrait d’Israël aux prétendues et imaginaires frontières de 1967, incluant le mur des Lamentations ». L’Europe, France en tête, n’a cessé de faire du zèle, gouvernements de gauche et de droite confondus. Véritables bras armés de l’État dans la dénégation d’Israël, le quai d’Orsay (que j’ai qualifié de «somptueux repère antisioniste ») et l’AFP dont les mercenaires distillent suivant des techniques directement inspirées du stalinisme des commérages sur Israël, notamment en se livrant un trafic lexical. J’ai pris la mesure de cet insidieux travail chez nombre d’individus pas vraiment méchants, pas vraiment antisémites (une accusation à manier avec prudence) mais doucettement travaillés par les appareils médiatiques, jour après jour, mois après mois, année après année… Ce constat est, je dois le dire, absolument déprimant.

Fort de l’arme du pétrole, les Arabes ont déversés leur rancœur chez nous. L’histoire de la région est réécrite au profit de ce sentiment qui ne connaît pas la raison. La France fait le dos rond, non seulement parce qu’il lui faut ménager les producteurs de pétrole et des masses considérables mais aussi parce que toutes ces dénonciations d’Israël permettent de montrer que les victimes d’hier sont devenues des bourreaux, ce qui soulage l’Europe, aire de la Shoah. Dans les relations de la France (et de l’Europe) avec Israël, le souvenir de la Shoah pèse autant que le pétrole et la démographie.

____________________________

Ci-joint l’article de Jacques Tarnero, « Il y a en France deux catégories d’anti-juifs », article qui propose une profondeur historique et prolonge ce que je viens d’écrire :
http://www.huffingtonpost.fr/jacques-tarnero/moussa-coulibaly-antisemite-fascisme-islamiste_b_6642940.html
Ci-joint, un article de Brice Couturier, « L’ensemble des médias français est brutalement ou discrètement hostile à Israël » :
http://www.skardanelli.com/2015/02/lensemble-des-medias-francais-est.html
Ci-joint, un exposé implacable de Bat Ye’or (Gisèle Littman-Orebi) :
http://www.europe-israel.org/2015/02/effrayant-attentats-islamistes-en-europe-lanalyse-de-bat-yeor/
Et, enfin, une note d’espoir, une très bonne nouvelle, l’ère du pétrole arabe touche à sa fin :
http://www.europe-israel.org/2015/01/bonne-nouvelle-lere-du-petrole-arabe-touche-a-sa-fin/

Olivier Ypsilantis

http://zakhor-online.com/?p=8896

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Published by DAVID - - FRANCE, MONDE ARABO MUSULMAN

La famille Klopstra porte l'étoile de David pour lutter contre la hausse de l'antisémitisme aux Pays Bas (Crédit : autorisation)

La famille Klopstra porte l'étoile de David pour lutter contre la hausse de l'antisémitisme aux Pays Bas (Crédit : autorisation)

Quelque 39 % des 198 pays étudiés enregistraient ainsi des brimades et agressions antisémites, selon une étude américaine

Les brimades et agressions antisémites étaient en augmentation dans le monde en 2013, au contraire des tendances concernant les autres religions, indique jeudi une étude américaine.

Ces dernières années, le nombre des pays — 77 en 2013 — où les juifs sont agressés, autant du fait des individus que des gouvernements, a augmenté sensiblement, indique une étude de l’Institut Pew Research Center.

Quelque 39 % des 198 pays étudiés enregistraient ainsi de telles brimades contre 26 % en 2007, soit un chiffre au plus haut et en constante augmentation depuis sept ans, remarque Pew.

Les juifs, qui forment 0,2 % de la population mondiale, sont plus susceptibles d’être harcelés par les individus ou les groupes sociaux que par les gouvernements eux-mêmes, remarque Pew.

En Europe, les agressions venant des individus ou groupes sociaux se notaient dans 34 pays sur les 45 de la région.

Pourtant, les brimades concernant la religion en général de la part des individus — vandalisme, destruction de textes sacrés, agressions, meurtres, etc — étaient en baisse en 2013 dans le monde, à 33 % en 2012 contre 27 % en 2013.

Le nombre de pays où des restrictions très élevées sont le fait du gouvernement lui-même — interdictions, mesures discriminatoires, obligations de recensement — reste en revanche à peu près le même, avec un gros quart des pays recensés.

Du fait de la démographie, avec des pays très peuplés comme l’Inde ou la Chine, quelque 5,5 milliards de personnes, soit 77 % de la population mondiale, vivent dans un pays où le niveau de brimades venant des individus comme des Etats, est très élevé, estime Pew.

L’Institut cite la Birmanie, l’Egypte, l’Indonésie, le Pakistan et la Russie comme exemples où ces restrictions sont les plus nombreuses, et la Chine où elles sont les plus strictes.

Comme les années précédentes, les chrétiens et les musulmans — plus de la moitié de la population mondiale — sont les plus affectés dans le plus grand nombre de pays.

http://fr.timesofisrael.com/les-actes-antisemites-en-augmentation-dans-le-monde/

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Published by DAVID - - ANTISEMITISME, INTERNATIONAL

Sami Aldeeb : Le monde musulman se divise entre “bons” et “mauvais” musulmans ; les bons appliquent le Coran et la charia tandis que les mauvais luttent avec l’incohérence de leur position

Dans une série d’interviews vidéo mises en ligne sur son blog « Savoir ou se faire avoir », le Palestinien suisse Sami Aldeeb, professeur émérite des universités et auteur d’une traduction du Coran dans l’ordre chronologique, évoque « les bons et les mauvais musulmans » : Sami Aldeeb affirme qu’ aucun courant actuel perceptible n’ébauche le commencement d’une critique argumentée des deux piliers de l’islam du 7ème siècle. » Extraits :

« (…) Le dénominateur commun de tous les pays musulmans consiste en deux références absolues et non critiquables : la sacralisation du Coran et du modèle idéalisé de Mahomet. Les musulmans se départagent toutefois en deux « catégories » de croyants : les « bons » et les « mauvais » musulmans.

Les « bons » musulmans seraient :

– ceux qui suivent au plus près la lettre du Coran ( qui aurait été « dicté » par Dieu, donc parfait) sans toucher à une virgule, toute critique étant vécue comme blasphématoire et assortie de sanctions dissuasives.
– ceux qui imitent au plus près les pratiques de la vie légendaire de Mahomet, tout aussi intouchable, sous peine de subir les mêmes rétorsions terribles (dont l’actualité donne des exemples).
– Les « bons » musulmans optent pour l’application intégrale du droit musulman, la charia, et pour l’ensemble de ses sanctions médiévales (mutilations, décapitations, lapidations, esclavage, etc.)

Les « mauvais » musulmans seraient :

- ceux qui ne suivent que partiellement les prescriptions du Coran et les actes de Mahomet, rapportés par des on-dits.
- Les « mauvais » musulmans » appliquent le droit dit arabe, un mélange de charia incomplète et de droit à tendances occidentales.

Les conflits meurtriers qui opposent les musulmans entre eux peuvent se lire à la lumière de cette division simpliste :

– Les « bons » reprochant le laxisme et la tiédeur de la foi des « mauvais », équivalents de l’apostasie.
– Les « mauvais » sont en situation d’incohérence et de paradoxes, puisque tenus de fidélité à la lettre coranique et aux pratiques de Mahomet, et se trouvant dans l’impossibilité d’en assumer tous les attendus et leurs conséquences. Ils s’affirment musulmans, tout en tentant d’en écarter le pire, pourtant indissociable du corps de la doctrine.

Comment prôner des libertés aux antipodes des fondamentaux des prescriptions « divines » ? Comment concevoir une égalité de droits pour les non-musulmans ou pour les femmes ? Comment introduire le respect pour les athées et celui qui est différent de soi ? Leur argumentation se formule pauvrement en recourant à des dénégations et des contre-vérités : « l’islam, ce n’est pas ça », ou « le terrorisme dénature l’islam ». (…)

Les Occidentaux qui méconnaissent les références de la mentalité islamique pensent, dans leur projection ethnocentriste, que l’alternance orientale oscille entre droite/gauche ou dictature/démocratie. Mais l’alternance en pays musulman se fait entre pouvoir des « bons » musulmans (Etat Islamique, Iran, Arabie, Libye, Al-Qaïda, Somalie, Nigéria, etc.) et « mauvais » (toutes les autres dictatures arabes plus ou moins pragmatiques). C’est ce que l’on retrouve dans toute la malheureuse histoire des pouvoirs politiques en l’islam (Andalousie, Iran, Pakistan, Afghanistan, Irak, Syrie, etc.).

Le « bon » islam, le plus « pur », ne meurt jamais, du moins tant que pareils textes dits sacrés (Coran) et que pareil modèle humain (Mahomet) demeureront intouchables, sous peine de mort physique (dans les Etats islamiques modèles) ou sociale (dans les Etats islamiques dits modérés).

Aucun courant actuel perceptible n’ébauche le commencement d’une critique argumentée de ces deux piliers de l’islam du 7ème siècle.

http://www.memri.fr/2015/02/27/sami-aldeeb-le-monde-musulman-se-divise-entre-bons-et-mauvais-musulmans-les-bons-appliquent-le-coran-et-la-charia-tandis-que-les-mauvais-luttent-avec-li/

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John Maguire, aka Abu Anwar al-Canadi, menace le Canada de représailles. (EI)

John Maguire, aka Abu Anwar al-Canadi, menace le Canada de représailles. (EI)

Le Québec n’est pas épargné par la vague de jeunes radicalisés qui partent se battre pour le djihad et la police de Montréal enquête sur la disparition d’un groupe de six jeunes Québécois âgés de 18 et 19 ans soupçonnés d’être partis pour se joindre à des groupes djihadistes en Syrie, rapportent les médias canadiens, dont le quotidien de Montréal La Presse.

Les six jeunes, quatre garçons et deux filles, ont pris un vol autour du 16 janvier et auraient réussi à atteindre la Turquie avec l’intention de passer en Syrie voisine, mais, toujours selon les médias canadiens, les autorités et leurs familles ontpour le moment complètement perdu leur trace.

Le Service police de la Ville de Montréal (SPVM ) a été alerté le 17 janvier par les proches de certains des jeunes, mais n,a pu empêcher leur départ.

Hier, dans un autre cas, le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS) a confirmé qu’une jeune femme de 23 ans était soupçonnée d’avoir quitté elle aussi le Canada pour se joindre au groupe armé État islamique.

Même si elle était dans le collimateur de l’agence canadienne de renseignement, qui la savait en interaction avec des personnes que l’agence jugeait dangereuses et susceptibles de l’influencer négativement, les autorités canadiennes n’ont pas pu empêcher la jeune Canadienne radicalisée de quitter le territoire national.

Le SCRS a bien sûr refusé de commenter ce cas spécifique, mais a réaffirmé dans une déclaration par courriel que le terrorisme «y compris la radicalisation des Canadiens et les voyages dans un but terroriste, demeure la menace la plus importante pour les intérêts canadiens et notre sécurité nationale».

Même son de cloche ici, à Montréal, du côté de la SPVM. « Oui, des cas nous ont été signalés. Pour nous, c’est une priorité. Tous nos patrouilleurs ont été sensibilisés aux signes de radicalisation. Mais malheureusement, souvent les démarches sont entreprises alors que les gens ont déjà quitté » le pays, a déclaré le porte-parole de la police de Montréal, le commandant Ian Lafrenière.

Selon le père de l’un des jeunes de la région de Montréal, le Lavallois Bilel Zouaidia, 18 ans, cité par La Presse., son fils n’affichait pourtant ouvertement aucune sympathie djihadiste, mais on sentait « que quelque chose clochait chez lui ». Craignant qu’il ne quitte le pays, son père lui avait même confisqué son passeport, mais, en octobre, le jeune homme s’est rendu dans un poste de police pour déclarer le passeport volé, puis a en obtenu sans problème un nouveau.

Le père de Bilel s’est déclaré, comme la famille de la jeune femme d’Edmonton avant lui, convaincu qu’à ce moment son fils était manipulé. « Ce sont des adultes et l’internet [qui influencent les jeunes]. Mais on ne peut jamais contrôler complètement un fils. Je travaille du matin au soir, je ne peux pas dormir à côté de son lit pour surveiller s’il se connecte à l’internet ».

De son côté, Le Collège de Maisonneuve, fréquenté auparavant par trois des six disparus, a demandé hier à ses employés de se tenir à l’affût de tout signe de radicalisation.

La difficulté d’agir en amont

Pendant ce temps, dans un autre cas, toujours à Montréal, les autorités tentent cette fois d’agir en amont avec les outils dont elles disposent.

Un jeune Montréalais radicalisé de homme de 22 ans, qu’on soupçonne de vouloir quitter le pays pour se joindre au combat djihadiste ou, s’il en est incapable, qu’il se livre à une infraction terroriste ici, s’est retrouvé au palais de Justice ce matin devant le juge Yvan Poulin de la Cour du Québec.

Le jeune Merouane Ghalmi,représenté par Me Mathieu Bédard. n’est accusé de rien, mais le Procureur général voudrait qu’il signe un engagement de garder la paix, conformément à l’article 810.01 du Code criminel.

Après la divulgation de la preuve par la procureure de la Couronne fédérale Lyne Décarie, les deux parties se retrouveront maintenant devant le tribunal le 27 mars.

Les autorités disposent-elles de toutes les armes pour éviter que de jeunes Canadiens se partent combattre aux côtés des djihadistes?

Hier, les détails sur le processus de radicalisation de la jeune femme d’Edmonton partie en Syrie ont fait dire ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, qu’avec son projet de loi C-51, les autorités auraient pu empêcher la jeune femme de quitter le pays.

Avec la loi C-51, qui renforcerait les pouvoirs du SCRS, l’agence de sécurité aurait pu intervenir pour perturber les projets de voyage de la jeune femme, a fait valoir le ministre à Ottawa hier,

Un problème qui ébranlent les Canadiens dans leurs valeurs

Des centaines de personnes combattant dans les rangs du groupe armé État islamique ou du Front Al-Nosra, la branche officielle d’Al-Qaîda en Syrie, proviendraient de pays occidentaux.

De 130 à 145 Canadiens se trouveraient actuellement au Moyen-Orient pour participer à des activités terroristes, selon le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Jusqu’à aujourd’hui, la plupart des cas relayés dans les médias venaient surtout de l’Ontario et de l’Alberta, mais le Québec est maintenant touché de plein fouet.

Parmi eux, deux jeunes de Calgary, Gregory et Collin Gordon se sont ralliés, probablement en 2012, aux étrangers qui se battent aux côtés de l’État islamique en Irak et en Syrie et Collin Gordon, qui se fait appeler Ibrahim Canadi, est très actif sur les réseaux. Il publie entre autres des photos du chef de l’État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi. L’une de ses publications a d’ailleurs fait l’apologie de la mort du journaliste américain James Foley, décapité par le groupe ultra-radical, disant qu’il s’agit de la perfection dans le domaine du terrorisme.

Farah Mohamed Shirdon, de Calgary lui aussi, a été filmé en train de brûler son passeport canadien dans une vidéo de propagande de l’État islamique. Il a aussi accordé une entrevue Skype au magazine Vice, dans laquelle il disait souhaiter des attentats terroristes à New York. Le jeune homme, qui vivait dans la capitale albertaine, était issu d’une famille somalienne aisée et instruite. Il serait mort lors d’un combat en Irak depuis.

Un autre cas, celui de l’Ontarien John Maguire, a particulièrement secoué a le Canada en décembre dernier. Le jeune homme de 23 ans a publié une vidéo de six minutes, qualifiée d’abject par plusieurs, y compris dans la communauté musulmane, où il explique qu’il était un « Canadien ordinaire » avant d’avoir reçu l’appel religieux. Il y confirme u’il a déserté le pays pour rejoindre le groupe armé État islamique et invite les jeunes musulmans d’ici à l’imiter ou, s’ils en sont incapables, à s’en prendre aux citoyens canadiens ici.

Et le Québec n’est pas en reste, loin de là. Ce sont bien deux aspirants djihadistes québécois en octobre dernier qui, incapables de se se joindre au combat en Syrie ou en Irak, ont tué deux militaires canadiens ici même au pays.

Le 20 octobre, Martin Couture Rouleau a tué l’adjudant Patrice Vincent en fonçant sur un groupe de militaires en uniforme dans le parking d’un centre commercial de St-Jean-sur-Richelieu et, deux jours plus tard, Michaël Zehaf Bibeau a abattu le jeune réserviste Nathan Cirillo qui montait la garde devant le Monument commémoratif de guerre à Ottawa avant de pénétrer dans l’enceinte du Parlement, non loin de là, et d’y être abattu à son tour.

Et ça n’arrête pas depuis.

Tout récemment encore, en novembre, le Service de police de la Ville de Montréal a arrêté un adolescent radicalisé de 15 ans qui était en contact avec l’auteur de l’attaque à Saint-Jean-sur-Richelieu.

Le 11 octobre dernier, l’adolescent de 15 ans était entré dans un dépanneur de l’ouest de Montréal, le visage couvert d’un foulard. Il a sorti un long couteau avant de réclamer le contenu du tiroir-caisse. Le propriétaire a déposé un peu plus de 2.000$ dans un sac, que le père de l’adolescent trouvera le soir-même dans la cour arrière de leur maison.

Cette somme, le jeune homme comptait l’utiliser pour se rendre dans un pays soumis à la loi islamique. Interrogé par la police, l’adolescent a refusé de préciser dans quel pays il comptait se rendre, mais a déclaré estimer « vivre dans le péché parce qu’il ne réside pas dans un pays musulman ».

Voir ainsi ceux et celles qui étaient hier nos voisins, nos amis, nos frère ou nos enfants, partir faire la guerre à un ennemi déclaré de leur pays ou, pire, s’en prendre ici même à des personnes innocentes, a fortement ébranlé les Canadiens, pourtant épris de liberté, dans leur valeurs et, devant l’omniprésence de ces menaces, les deux tiers des Canadiens ont déclaré clairement appuyer le renforcement de l’arsenal antiterroriste, révélait un sondage le mois dernier.

Depuis, le débat sur l’équilibre entre liberté et sécurité se poursuit, un peu faussé, il faut le dire, par la peur.

Ajouté par Jacques N. Godbout

http://www.45enord.ca/2015/02/quatre-garcons-et-deux-filles-de-la-region-de-montreal-partis-pour-le-djihad-en-syrie/

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Published by DAVID - - TERRORISME, ISLAM, INTERNATIONAL

Pour un ancien agent double d’Al-Qaïda, les musulmans doivent lutter contre l’extrémisme

Petit truand converti à l’islam dans les années 1990, Morten Storm s’est enrôlé dans les réseaux djihadistes avant de perdre la foi et de se retourner contre ses anciens coreligionnaires (AFP)

Les musulmans doivent se mobiliser davantage dans la lutte contre l’extrémisme en leur sein, estime un ancien djihadiste d’Al-Qaïda, ex-agent double pour la CIA, pour qui il est quasi impossible de contrer des attaques de « loups solitaires ».

En matière de conflit entre les extrémistes musulmans et les services occidentaux, Morten Storm est un expert, et pour cause: il a servi les deux camps.

Petit truand converti à l’islam dans les années 1990, ce Danois de 39 ans s’est enrôlé dans les réseaux djihadistes avant de perdre la foi et de se retourner contre ses anciens coreligionnaires.

Il raconte cette expérience hors norme dans un livre, « Agent au coeur d’Al-Qaïda » (Editions Cherche Midi), dont il présentait la version en français cette semaine à Paris.

« Les gouvernements (européens) vivent dans le déni. Comme un alcoolique qui refuse de voir qu’il un problème de boisson. Nous avons un problème avec cette religion et nous devons y faire face avec honnêteté », souligne Morten Storm lors d’un entretien avec l’AFP.

Pour lui, les déclarations des gouvernements occidentaux affirmant que les attaques djihadistes de Paris et Copenhague n’ont rien à voir avec l’islam rendent dérisoires les efforts de ceux qui militent pour une version plus modérée de la religion musulmane.

« Le silence de la majorité des musulmans, qui ne font rien face à l’Etat islamiste, pourrait mener à une guerre à travers tout le Moyen-Orient », juge Morten Storm, en évoquant ce groupe djihadiste installé en Syrie et en Irak.

Ses années de dissimulation lui font également souligner la difficulté d’identifier des individus radicalisés qui agissent en « loups solitaires ».

« Il est difficile de prévenir les attaques de loups solitaires. Vous devez comprendre ce qu’il se passe dans la tête d’une personne qui se métamorphose du jour au lendemain: d’un fidèle qui va à la mosquée tous les jours à celui qui poignarde ou tente de renverser quelqu’un en voiture – il est très difficile si ce n’est impossible pour les services secrets de contrer cela ».

La décision de Morten Storm de se détourner du djihadisme a été provoquée par son incapacité à rejoindre les islamistes Shebab en Somalie, qui l’a fait douter de la volonté divine.

« C’était comme avoir été sélectionné pour la Coupe du monde de football et être écarté à la dernière minute », dit-il, racontant que sa déception l’a conduit à mettre en question son credo djihadiste.

Après des mois d’introspection, il finit par renoncer à l’islam et devient un espion, aidant la CIA américaine, le MI6 britannique et les services secrets danois à localiser et tuer de hauts responsables jihadistes.

Il affirme que ses efforts ont notamment permis l’élimination de Anwar al-Aulaqi, un imam américano-yéménite devenu l’un des principaux meneurs d’Al-Qaïda au Yémen, tué par un drone américain en septembre 2011.

Morten Storm aurait aussi organisé le voyage au Yémen d’une Croate de 32 ans, convertie à l’islam, afin qu’elle devienne la troisième épouse d’Aulaqi.

Mais ses relations avec les services spéciaux ont rapidement viré à l’aigre. Britanniques et Danois ne souhaitaient pas participer à des assassinats ciblés et la CIA a refusé, selon Morten Storm, de lui verser les cinq millions de dollars promis pour son aide dans la traque d’Aulaqi.

Il affirme que l’agence américaine a même essayé de l’éliminer à son tour – « peut-être pour en finir une fois pour toutes » – le décidant à raconter son histoire pour se protéger.

« Les agents n’ont pas de droits, nous sommes jetables », ajoute-t-il.

Deux journalistes de la chaîne de télévision américaine CNN spécialistes du terrorisme, Paul Cruickshank et Tim Lister, ont aidé Morten Storm à écrire son livre et confirmé certains éléments de son histoire. De leur côté, les agences de renseignement se sont refusées à tout commentaire.

http://www.45enord.ca/2015/02/pour-un-ancien-agent-double-dal-qaida-les-musulmans-doivent-lutter-contre-lextremisme/

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Published by DAVID - - TERRORISME, ISLAM

QUAND ON TUE AUX CRIS D'ALLAH OUAKHEBAR......C'EST L'ISLAM QUI EST INVOQUE !!!

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LES LIVOURNAIS À TUNIS –1609-1951

LES LIVOURNAIS À TUNIS –1609-1951

LES LIVOURNAIS À TUNIS –1609-1951, par Lionel Levy

En 1932, à l’occasion d’un voyage en Italie, Fernand Braudel, alors professeur à Alger, fit escale à Tunis. Il l’évoquait ainsi en 1983 dans le Corriere della Sera :

« Je fis halte à Tunis, la ville nord-africaine, méditerranéenne, déjà levantine, que je préférais à toutes les autres (…) L’Italie et la France, tout en se querellant, y avaient greffé sur un vieil héritage la ville la plus joyeuse, étonnante et capiteuse que j’aie jamais connue. » Dans son journal personnel étudié par sa disciple Giuliana Gemelli il ajoutait : « Poésie, lumière, joies de la table (…) plaisir éperdu de la mer (…) la Méditerranée est pour moi mélange (…) Tunis me plaisait : un mélange. »

1609, Arrivée des Moriscos,

J’ai pris comme point de départ de cette conférence, 1609. Pourquoi tant de précision ? C’est que ce fut l’année d’un grand événement de mélange ethnique, social et culturel dans le Tunis d’Othman Dey. À cette date, Philippe III d’Espagne avait expulsé quelques centaines de milliers de Morisques. On appelait ainsi les musulmans convertis de force au christianisme. Contrairement aux Juifs, les musulmans espagnols n’avaient pas eu, en 1492, à choisir entre l’exil ou la conversion. Ils furent convertis d’office et de force. Leur départ massif aurait signifié, en effet, la ruine des grands propriétaires fonciers, ainsi privés de leur main d’œuvre. Ces grands propriétaires furent d’ailleurs, par pur intérêt, les principaux défenseurs des Morisques. Ils firent pression pour adoucir le poids de l’Inquisition. Ils avaient rétrospectivement raison. Le départ de cette nombreuse main d’œuvre très qualifiée fut, peut-être davantage encore que celui des Juifs, une cause de la ruine de l’Espagne. Mais l’unité religieuse du royaume devenait au XVIIe siècle un impératif absolu pour les monarchies catholiques. Les Morisques se montraient totalement réfractaires à la christianisation. Parmi les pays d’accueil, la Tunisie en reçut le plus grand contingent : certains auteurs disent 80.000, d’autres 40.000, dans le Cap Bon et, pour leur majorité, à Tunis même. Pourquoi Tunis ? Nous sommes alors encore nominalement dans l’empire Ottoman. Les Andalous (on appelle ainsi tous les musulmans Espagnols, y compris les plus nombreux qui viennent du Nord de l’Espagne) sont très appréciés par le Sultan, au même titre d’ailleurs que les Juifs ibériques, et maintenant les Nouveaux-Chrétiens qui, soit pour échapper aux poursuites de l’Inquisition, soit pour fuir les incapacités professionnelles découlant du régime de Limpieza de sangre, quittent massivement et volontairement l’Espagne et le Portugal.

Ces Moriscos obtiennent des avantages considérables. Comme la plupart d’entre eux ne parle pas l’arabe mais seulement l’espagnol, on les autorise à s’exprimer et même à écrire dans cette langue, en caractères latins contrairement à l’interdiction constante en terre d’Islam. La présidence du Tribunal de Commerce leur est statutairement et obligatoirement confiée. Huit sur dix des syndics de corporations, les amines, sont des Morisques. Leur cheikh, dont le premier se nomme Luis Zapata, jouit du privilège de s’asseoir à la droite du Dey, usage maintenu jusqu’en 1890. Leurs bonnes relations avec les Livournais sont démontrées par quelques faits. À l’occasion de procès, des Morisques viennent souvent témoigner en faveur des Livournais#. Lorsqu’ils voyagent à Livourne pour affaires, ils s’installent dans le quartier juif. Enfin les ordonnances sur le luxe de la communauté portugaise de Tunis interdisent aux femmes de porter des bijoux dans les maisons des Maures, et même de danser dans lesdites maisons, ce qui implique une certaine convivialité et des réceptions réciproques.

Arrivée des Portugais ou Livournais

C’est autour de cette date de 1609 que commencent à se manifester à Tunis quelques marchands dits Portugais ou Livournais. Leur situation n’est pas parallèle de celle des musulmans espagnols. Ils ne sont pas expulsés, mais ont fui la persécution. Paradoxalement, alors que leurs compatriotes musulmans ne parlent pas l’arabe, les Nouveaux-Chrétiens qu’on appelle en Espagne Conversos, Marranos, Portugais, gens du négoce ou hommes de la Nation, ont, en général, traditionnellement étudié l’arabe. Avant de vous le montrer, il me faut expliquer ces différents qualificatifs.

Marrano vient de l’arabe-espagnol Mahran, signifiant « interdit ». Comme musulmans et Juifs s’abstenaient de consommer du porc en raison de l’interdit religieux, ce mot fut appliqué par les chrétiens à l’objet même de l’interdit, si bien que Mahran prit le sens de porc, et par application péjorative, vint à désigner ces chrétiens insincères. Portugais, dans l’Espagne de Philippe III, est devenu synonyme de Juif. La grande majorité des expulsés de 1492 avait trouvé refuge au Portugal. Ils y furent convertis de force en 1497 avec interdiction de sortie du royaume. L’Inquisition ne fut effective au Portugal que vers 1540. Beaucoup retournèrent en Espagne à la fin du XVIème siècle. Plus tard Olivares, le ministre tout puissant de Philippe IV, essaierait de faire revenir les grands marchands dits Portugais pour obtenir des prêts plus avantageux que ceux des banques génoises. Mais ces revenants, officiellement catholiques, étaient impopulaires en Espagne en raison de leur prospérité et de leur hérésie supposée. Malgré leur origine espagnole, le peuple les appelait les Portugais. Eux-mêmes s’emparaient de l’appellation, dans un sens non point péjoratif cette fois, mais prestigieux, désignant, dans tous les pays d’exil, Pays-Bas, Angleterre, France du Sud-Ouest, Italie, Brésil, Empire Ottoman, les familles partageant leur destin et leur rang social.

À Anvers, l’expression Nation Portugaise, utilisée pour la première fois en 1510 dans un décret municipal accordant certains privilèges aux marchands portugais, désignait bien, à l’origine, une colonie de marchands venus du Portugal, mais, les Conversos formant 90 % de cette colonie, l’usage donna encore à cette Nation le sens de Juifs dissimulés.

Gens du négoce est une appellation plus ou moins péjorative visant la fonction économique de ce groupe particulier. Elle est utilisée non seulement par les Vieux-Chrétiens à l’égard des Nouveaux, mais même par d’autres groupes de Juifs. Dans un responsum du 20 juillet 1741, le Rab. Ouziel El Haïk décrit ainsi l’arrivée des Livournais : Après de longues années vinrent s’installer quelques personnes du royaume d’Edom ; elles le firent en toute tranquillité, au point qu’on les appela « les commerçants de la ville » Chaque jour s’y ajoutèrent d’autres commerçants de même origine qui s’installèrent à demeure dans la ville de Tunis, dans la prospérité. »

Tous les historiens des Portugais insistent sur leur extrême mobilité au XVIIème siècle. La plupart des personnes citées dans l’ouvrage de Grandchamp, à l’occasion d’opérations commerciales à Tunis, se retrouve peu après à Livourne exerçant des charges au sein de la Nation, mais aussi à Venise, Amsterdam, Salonique, Smyrne, Alexandrie. Miriam Bodian, historienne américaine de talent, auteur de Hebrews of the Portuguese Nation, explique que le sens de Nation n’était pas le même selon qu’il était prononcé par les autres ou par les descendants des conversos. À tous les niveaux, écrit-elle, les membres de la communauté d’Amsterdam avaient des parents à Hambourg, Rouen, Salonique, Pise, Livourne, Tunis, Jérusalem, le Brésil, Curaçao, Surinam. Ils étaient membres de la Nation à Amsterdam mais aussi partout, au sens d’une affiliation lointaine, au-delà de leur horizon visuel, et profonde dans le passé.

Tunis fut une étape essentielle dans le circuit Mer du Nord-Proche Orient. Il faut prendre du recul et rappeler que les républiques italiennes, Venise, Pise, Gênes et Florence servirent de transporteurs au commerce du monde musulman. Une âpre concurrence les opposa longtemps. Les principales maisons de commerce florentines étaient représentées à Tunis au XIVème siècle. Les Vénitiens avaient organisé une ligne régulière de la Baltique au Levant. Au XVIIème siècle, la place était à prendre car ces républiques savaient qu’elles ne pouvaient utilement travailler avec les ports musulmans sans la présence d’une colonie. Or, elles n’étaient plus à même d’organiser ces structures. En octobre 1615 Manoel Carvalho affrétait à Rotterdam un navire pour Tunis et Venise, navire qui resta à son service une année entière. Les années suivantes il nolisa un navire pour faire la navette dix mois durant entre Venise, Tunis et Alexandrie. Un Mordekhay Baruch Carvalho, rabbin, médecin et grand marchand à Tunis, fut, en 1752, successeur du grand rabbin des Livournais Isaac Lumbroso dont il fut le disciple. Le nom composé Baruch Carvalho a existé au XVIIe siècle tant à Amsterdam qu’à Livourne. La présomption est forte qu’il s’agisse de la même famille compte tenu du niveau social.

Portugais et monde arabe.

On s’est posé des questions sur la culture de ces marchands portugais. Étaient-ils lusophones ou hispanophones ? Se sont-ils plus ou moins arabisés par leur implantation à Tunis et leurs contacts avec leurs coreligionnaires du pays ?

L’étude des communautés juives implantées dans les places portugaises du Maroc nous révèle que l’arabe classique continuait, au XVème siècle, même après la Reconquista, de faire partie du bagage culturel des marchands dits « portugais » (cf. Haim Zafrani). Rodrigues da Silva Tavim, historien portugais, a montré que le Roi Manuel, après la conversion forcée des Juifs en 1497, avait encouragé l’émigration de certains d’entre eux dans les nouvelles places fortes portugaises du Maroc, en leur promettant la liberté religieuse. Cet apparent libéralisme était consenti justement en raison de leur connaissance de la langue arabe qui les rendait indispensables dans les contacts avec les autorités marocaines. Ce savoir fut entretenu. Au début du XVIIe siècle, un Dr Valenza, à Mazagan, traduit Avicenne de l’arabe en hébreu. À la fin du XVIIe siècle, à Livourne, Joseph Attias, marchand lettré, médecin et rabbin, reçoit une éducation soignée incluant l’enseignement de l’arabe. Attias, auquel se rattache ma famille maternelle, rencontra à Paris tous les encyclopédistes. Il reçut, en sa villa de Livourne, Montesquieu qui, dans Spicilèges, relate leurs entretiens.

Parmi les familles de Lisbonne autorisées à revenir au judaïsme, Tavim cite mes ancêtres paternels, les Ha-Levi. L’un d’eux, Meir Ha-Levi fut chargé en 1512, comme rentero, de l’administration du port de Safi. Sa bonne connaissance de l’arabe lui valut des missions de renseignement qui ne lui portèrent pas chance. Il fut arrêté et exécuté par les Marocains en 1518. Son fils Joseph lui succéda plus tard et, curieusement, après la reconquête de la ville, les Marocains maintirent à son poste un de ses descendants. Un Moses Levy, petit-fils de Joseph, fut chef spirituel des Juifs du Maroc en 1640. L’arrière-petit-fils de ce Moses, Isaac Levy (1670), fut dayyan (juge) de la communauté de Tétouan. Son fils, Joshua (c. 1700), y exerça les mêmes fonctions. Un autre Isaac (1730), fils de ce dernier, fut rabbin à Gibraltar. Un autre Moses Levy né à Gibraltar vers 1760, son fils, fit un extraordinaire retour au Portugal en 1807. L’amiral Lord Jarvis, commandant la flotte portugaise, lui obtint en effet une dérogation spéciale d’établissement à Lisbonne avec garantie de liberté religieuse. Ce Moses est grand-père de son homonyme, mon bisaïeul Moses Levy, connu à Tunis comme représentant britannique à la Commission financière internationale de 1869. Le petit-fils et homonyme de ce dernier, le peintre Moses Levy, mon oncle, illustra à son tour ces nom et prénom. Nous passons ainsi de la Renaissance à l’histoire contemporaine au sein d’une famille dite portugaise. Par les études de da Silva Tavim nous savons que, très tôt, les Portugais implantés au Maroc ont adopté la langue espagnole en raison d’un afflux massif dans les places portugaises, de réfugiés d’Espagne. Ils n’avaient pas pour autant gommé leurs différences puisque, à Gibraltar, ils créèrent, au XVIIIe siècle, une synagogue séparée dite flemmish synagogue ou esnoga flamenca.

Au XIXème siècle à Tunis, le Livournais David Santillana est l’un des experts les plus réputés en droit musulman. La connaissance de l’arabe ne s’affaiblit qu’avec le Protectorat, pour disparaître complètement à ma génération. L’arabe resta cependant obligatoire dans les écoles italiennes jusqu’à leur dissolution en 1945.

La maîtrise de l’arabe n’impliqua pas ce que l’on a appelé « l’arabisation » des Livournais, pas plus qu’elle n’entraîna l’arabisation des Génois ou des Marseillais de la Nation française. L’espagnol resta la langue des documents de la communauté jusqu’au milieu du XVIIIème siècle, mais l’adoption de l’arabe transcrit en hébreu paraît un acte de conformité à la langue officielle au moment où la nouvelle communauté recevait consécration légale de l’autorité beylicale. Une telle « arabisation » semblerait d’ailleurs survenir à contretemps au moment où s’accélérait l’immigration en provenance de Livourne. Dans les contrats de mariage que nous avons étudiés au XVIIIème siècle, les époux, dans leur très grande majorité, signent en espagnol. Au XIXème, l’italien est constant. Seuls quelques lettrés signent en hébreu, personne en arabe. L’historien israélien d’origine tunisienne Itshak Avrahami explique justement que la communauté portugaise de Tunis sauvegarda son identité grâce au flux continu de nouveaux immigrants.

Si l’espagnol fut préféré au portugais à Tunis, cela tint sans doute au fait d’une forte présence morisque hispanophone. Par ailleurs le premier noyau installé à Tunis à la fin du XVIIème siècle comprenait plusieurs familles ayant transité au Maroc portugais où nous avons vu que l’espagnol avait prévalu#.

Italianisation – Europe-Afrique

L’italianisation des Livournais de Tunis fut parallèle à celle des Livournais de Livourne. Elle accompagna la naissance de l’Italie. Certes l’italien fut une langue essentielle dans la culture des Livournais des deux côtés de la mer, mais un conservatisme rigoureux, appuyé sur des règles strictes, maintint à Livourne l’usage du portugais sur le plan administratif, de l’espagnol sur le plan culturel, jusqu’au début du XIXe siècle, avec certes une progression de l’italien.

On a vu l’attachement des Livournais de Tunis à l’italien comme un désir de marquer une sorte de supériorité de l’Europe sur l’Afrique. Bien que cautionnée par l’un des auteurs les plus prestigieux de la diaspora tunisienne —pas moins que Claude Hagège—, cette thèse ne me convainc pas ; elle me semble anachronique dans le cadre d’une époque antécoloniale. Si l’orgueil de caste des Livournais fut indéniable, il ne reposa pas sur une virtuelle supériorité de l’Italie envers le monde arabe, mais sur le sentiment collectif de fierté de l’Espagne du XVIIe siècle face au reste du monde. C’est si vrai que l’affirmation de différence s’exerça en Europe même à l’égard d’autres communautés européennes : à Venise, où les Portugais ou Ponentini créèrent une communauté distincte de celles des Levantini, des Italiens ou des Allemands ; à Rome où, les Juifs autochtones leur refusant l’accès à la direction de la communauté, les Juifs espagnols créèrent une synagogue séparée ; à Gibraltar où, pour se distinguer des Marocains, les Portugais créèrent la Esnoga Flamenca ; à Bordeaux et Bayonne où les Comtadins ne furent pas intégrés, pas plus que les Allemands ; à Livourne où l’intégration des Juifs non ibériques ne suffisait pas à ces derniers pour accéder au gouvernement de la Nation. À ce travers ibérique s’ajoutait ou se mêlait le poids conscient ou non des préjugés sociaux, banals à l’époque, d’une caste organisée autour d’un noyau de très anciennes familles marchandes, nossas familias, nuestras familias, nostre famiglie. Ce sentiment, partagé ou mimé par les familles d’origine italienne intégrées de longue date ou plus récemment, à la Nação, est très bien décrit par Giorgio Bassani dans son célèbre « Le Jardin des Finzi Contini ». Un sentiment identique subsiste jusqu’à ce jour à Tunis chez les musulmans dits Andalous, descendants des Morisques

Myriam Bodian l’a écrit récemment : les descendants de conversos ont voulu restaurer un authentique héritage perdu comme les peuples colonisés qui recouvrent leur indépendance. La fierté d’être ibériques est une composante importante de leur mentalité collective. Plus loin elle explique : Les conversos ont développé une contre-mythologie assez puissante pour soutenir leur sens de dignité en un milieu saturé de symboles et de rhétorique de supériorité espagnole.

Ne disons pas qu’il s’agirait là de choses trop anciennes. En histoire, contrairement aux mécanismes transistorés, la persistance des comportements survit étrangement et inconsciemment à leurs causes premières. C’est ce que Braudel a appelé la durée. Comme pour aggraver cet orgueil, la constitution accordée à la Nazione Ebrea par Ferdinand de Medicis, en instaurant l ’hérédité des charges au sein des mêmes familles désignées comme li più sensati e migliori soggetti della Nazione, les consacrait comme une véritable aristocratie de droit. Or, malgré leur déclin économique, ces familles étaient presque toutes représentées parmi les dirigeants de la communauté portugaise de Tunis. Le critère de la « bonne famille » n’était pas, dans ce groupe, la fortune, mais l’ancienneté et le prestige passé.

L’attachement des Livournais à l’italianité au XIXème siècle est bien le prolongement de l’engouement de leurs grands-parents au XVIIIème pour la France des Lumières et de la Révolution. Le Risorgimento est un héritage des Lumières. Marguerite Yourcenar le décrit ainsi :

La ferveur libérale qui entoura en Italie le Risorgimento est l’un des plus beaux phénomènes du siècle.

Ce mouvement national généreux partait d’une conception paternaliste et volontariste selon laquelle il fallait dispenser le savoir au peuple pour effacer les vices engendrés par l’ignorance et la tyrannie. Ce fut la rencontre de deux cultures. Les services sociaux des Portugais, très efficaces, résultaient en effet d’une antique tradition. Ainsi l’aide aux pauvres était-elle conçue de manière à ne pas les humilier. Celui qui était chargé d’apporter les secours ne rencontrait pas l’assisté dont le nom était tenu secret. Malgré la séparation des communautés et quelques incidents, les Portugais n’abandonnaient pas à eux-mêmes les membres de la communauté locale. Bien que représentant 1/15 de la population juive, ils prirent en charge le 1/3 des dépenses de l’ensemble. En 1867, existait un «Comitato per Soccorso ai Poveri di Tunisi » de Tunis qui recueillait des fonds, y compris à Livourne, pour venir en aide aux pauvres, surtout Tunisiens. Ce Comité, auquel participaient treize Livournais et trois Tunisiens (I. Samama, Sam. Nataf et Sim. Nataf), réalisait une œuvre commune. Les Livournais participèrent à la création d’un hôpital israélite où les médecins livournais assurèrent seuls et gratuitement les soins à tous les indigents sans distinction de religion. En 1875 ils prirent l’initiative, en relation avec la direction de l’Alliance Israélite Universelle à Paris, de la création d’écoles modernes en vue d’instruire les enfants pauvres, en grande majorité Juifs tunisiens. Cette initiative avait été précédée dès 1830 de la création d’écoles italiennes donnant aux Juifs tunisiens une éducation européenne. Bref, s’ils considéraient avec hauteur et paternalisme leurs pauvres coreligionnaires tunisiens, les Livournais étaient loin de se désintéresser de leur sort. Dans tout le bassin méditerranéen, de Tanger à Salonique, les Livournais ou Portugais, comme les Picciotto d’Alep, Allatini# et Morpurgo de Salonique, Castelnuovo de Tunis, Montefiore de Livourne et de Londres, prirent part à la grande œuvre du Français Adolphe Crémieux en faveur de ces Écoles. Elles devaient transformer complètement le niveau culturel des populations juives du Proche-Orient et d’Afrique du Nord, et par là-même, y faire rayonner la culture française. À ce sujet, dans un ouvrage concernant les Juifs de Salonique, Elie Carasso écrit « Les riches commerçants juifs de Livourne, imprégnés de l’esprit des Lumières, s’installèrent à Salonique à la fin du XVIIIe siècle. Les Allatini, Morpurgo, Fernandez etc. seront à l’origine de la renaissance économique et intellectuelle au XIXe siècle. »

Cet effort social des communautés portugaises trouvait sa source dans la tradition ibérique. Dès le XVIIème siècle, la Nazione Ebrea avait institué à Livourne l’instruction gratuite et obligatoire ; la gratuité des soins pour les indigents, à domicile, avec ration alimentaire quotidienne ; la distribution de vêtements aux pauvres ; l’octroi de dots aux jeunes filles dans le besoin. Une œuvre s’occupait de payer les rançons nécessaires pour faire libérer les captifs juifs des corsaires musulmans ou chrétiens. Rappelons que, au milieu du XVème siècle, le Portugais Isaac Abravanel organisait des collectes en Italie pour libérer les Juifs marocains réduits en esclavage lors des incursions portugaises au Maroc.

Mais au XIXème siècle cette ancienne et toujours vivante tradition se conjuguait avec l’humanisme universaliste du Risorgimento. Arthur Kiron, de l’université de Philadelphie, rappelle que, dans le deuxième quart du XIXe siècle, dans la suite de l’occupation napoléonienne et de la restauration des Habsbourg, deux événements historiques jouèrent sur les jeunes Juifs grandis à Livourne, les aidant à se construire un humanisme religieux et moderne. D’abord le programme de réforme de l’enseignement dans l’esprit des Lumières, établi par la classe marchande de la cité. D’autre part l’aventure politique du Risorgimento. En mars 1832 la communauté juive ouvrit une école dite d’Instruction réciproque dans le cadre d’une réforme plus large entreprise par les marchands en vue d’éduquer les classes populaires. Cette école s’inspirait du système dit Lancasterian, venu d’Angleterre, selon lequel un maître formait un maître étudiant, qui, à son tour, formait d’autres étudiants, chacun devenant ainsi, à son tour formateur d’autres élèves. Cette méthode fut adoptée par la société secrète des Carbonari et son journal Giovine Italia, créés par Mazzini#.

Dans cette optique, l’éclairage proposé par Arthur Kiron est significatif. En 1876, le rabbin livournais Sabato Morais, proche de Benamozegh, exerçant ses fonctions à Philadelphie, publiait un « Manifesto » dont ce dernier était l’auteur. Sous le titre « Israele e l’Umanità », il annonçait la publication d’un nouvel ouvrage de théologie visant non seulement des fins pédagogiques, mais un nouveau rapport œcuménique autour de l’unité sous-jacente de toutes les religions, y compris l’Islam, ayant pour base commune le judaïsme. L’essentiel est que sous cette présentation ait figuré une citation de Giuseppe Mazzini, « prophète de l’unité italienne », à l’appui des principes religieux exprimés dans l’ouvrage de Benamozegh. Mazzini, auquel il avait soumis le manuscrit, fit en sorte que son commentaire paraisse avant sa propre mort en 1872. Kiron voit là un « triangle » bien particulier : l’humanisme religieux juif, le nationalisme italien et l’histoire des Juifs d’Amérique. En effet, ce document et l’enseignement à Philadelphie du rabbin livournais Sabato Morais, auront marqué l’évolution du judaïsme américain. La notion d’abnégation, dit Kiron, que Morais importa avec lui d’Europe, s’opposait aux valeurs d’individualisme de la culture américaine, caractérisée par le laissez faire. Pour conclure, Kiron voit en Morais, émule du rab. Benamozegh, l’expression et la défense, en Amérique, du type du « Juif orthodoxe des Lumières » Pour comprendre Morais et Benamozegh, dit-il, il nous faut remonter au port et à la cité de Livourne.

Livournais et autres ethnies à Tunis

1- Livournais et Tunisiens

La Tunisie plurielle avait assigné aux Livournais un rôle singulier. Ils exercèrent, bien avant le Protectorat, une influence décisive sur les élites de la communauté juive tunisienne, par une italianisation qui prépara leur future francisation. Dès la deuxième partie du XVIIIème siècle, des marchands tunisiens prirent l’habitude de séjours fréquents à Livourne. Des contrats en langue espagnole nous montrent, en 1778, des Attal, Bessis, Maarek, Semama réalisant des affaires communes avec des Boccara, De Paz, Enriques, Franchetti, Tapia. En 1780, des Livournais de Tunis et de Livourne créèrent à Marseille une communauté portugaise dont la langue, comme à Tunis et Bordeaux, fut l’espagnol. Dans cette communauté, ils accueillirent quelques familles tunisiennes telles que les Bellaïche, Bismot, Lahmi, Semama, Tubiana, un siècle avant le Protectorat. Des familles de Juifs comtadins comme les Carcassonne, Crémieux, Mossé, Rouget, Vidal, y furent intégrées. Cette « livournisation » des Comtadins permit à ceux-ci l’établissement à Marseille, qui leur avait été jusqu’alors interdit.

2. Livournais et Siciliens. Nulle part ailleurs qu’à Tunis une communauté juive, comme les Livournais, n’eut à assumer la responsabilité sur le plan social et culturel de toute une population chrétienne pauvre, celle des Siciliens. Ce petit peuple, massivement accru après le Protectorat, ne possédait encore aucune élite. La plupart de ces Siciliens ou Sardes ne savait pas l’italien. Beaucoup étaient illettrés. Les idéaux du Risorgimento étaient encore loin d’eux. Les familles livournaises prirent en charge le financement et l’organisation d’Écoles, d’Hôpitaux, d’associations culturelles italiens. En 1895 le Dr Guglielmo Levi, né à Livourne, ancien chef de service de l’hôpital de Padoue, assura conjointement la direction de deux hôpitaux : l’hôpital israélite et l’hôpital italien. Les conventions de 1896 permirent de préserver une amitié franco-italienne. La Grande Guerre où la France et l’Italie furent alliées semblait devoir consolider cette amitié. La démagogie fasciste, après 1935, fut néfaste à ces relations. Mais, dans leur majorité, les Siciliens furent choqués par les lois raciales qui frappaient en 1938 leurs compatriotes livournais.

3- Corsi e Livornesi

Les relations entre Corses et Livournais sont mal connues à Tunis. Elles sont pourtant anciennes et fructueuses. Notons que l’arrivée des Portugais à Livourne à partir de 1593, coïncide avec une immigration de Corses grâce à une politique bienveillante des Medicis, traditionnellement opposés à Gênes. La Nazione Ebrea qui vient de se créer à Livourne, voisine avec d’autres Nations dont la Nazione Corsa. Certes, jusqu’en 1766, cette Nazione ne put bénéficier de structures officielles qui auraient risqué de nuire aux relations avec la République de Gênes. Les premiers Corses attirés par le projet de construction du nouveau port de Livourne, arrivent dès 1548. Plusieurs Corses sont employés dans des activités maritimes, non seulement comme simples marins, mais comme cadres et officiers. Certains se font corsaires, activité tolérée et juridiquement encadrée à Livourne. La plupart d’entre eux vient du Cap Corse. Dans les années 1620-1630 on note, dans la Chiesa della Madonna, un autel des Corses, avec l’inscription : « Virginem Virgini commendavit ». Les donateurs sont : Carlo Lorenzi, Luzio Mattei, Batista Angeli et Rocco Manfredini. L’autel est dédié à San Giovanni Evangelista. Le plan de Livourne au milieu du XVIIIème reproduit une grosse maison dite « Casa d’attenenza dei Ssri mercanti di Corsica ». Parmi les citoyens de Livourne d’origine corse décorés avec grades et dignités publics, on peut citer, outre les familles évoquées, les Di Santi, di Marco, Mariani, Morazzani, Di Cardi, Franceschi, Marchi. De cette dernière famille est issu Vittorio Marchi, auteur d’un bon lexique du dialecte livournais, comprenant une étude de la variante juive avec quelques emprunts portugais et hébreux. Marchi cite ceux de ses amis juifs livournais qui l’ont aidé dans sa tâche.

Les relations des deux Nazioni s’affirment surtout dans le domaine de l’armement. Les Juifs fournissent aux Corses des armes. Ils leur achètent leur corail avec lequel ils fabriquent des bijoux. Ils obtiennent parfois l’exploitation en régie. Au XVIIIème siècle une maison Franco et Attias emploie dans sa fabrique de bijoux de corail 130 ouvriers. Elle exporte sa production jusqu’en Inde. Les Livournais aident les Corses à construire dans leur île un arsenal dont ils assurent la gestion #. Dès le début du XVIIème siècle, des Livournais utilisent pour leurs transports entre Livourne et Tunis des bateaux corses. Ils rencontrent enfin des Corses dans les universités toscanes de Pise et Sienne où les Livournais de Tunis font leurs études aux XVIIème et XVIIIème siècles, souvent en médecine.

4- Les Livournais et la France

Les tensions de la compétition coloniale de 1881 ne doivent pas voiler un passé plus lointain. Les relations franco-livournaises furent ambigües. En 1682 quelques marchands livournais établis à Marseille autour de Joseph Vais de Villareal et Abram Attias furent expulsés après de longues discussions, à la demande des échevins marseillais. Mais dans tout le bassin méditerranéen, les Livournais bénéficiaient de la protection française en vertu des capitulations qui assimilaient les Juifs dits Francs ou Portugais, aux chrétiens. Les marchands livournais utilisaient essentiellement la flotte marseillaise pour leurs affaires. Sans cet appoint, cette flotte eût été sous-employée. Lors de la Révolution, les Juifs de Livourne répondirent avec empressement aux demandes des autorités françaises qui exigeaient que chaque quartier fournît une brigade à la Garde Nationale. Les zelanti israeliti, expose l’historien Piombanti, en fournirent deux.

Dans le monde musulman, pour plusieurs raisons, connaissance des langues, expérience commerciale, niveau d’instruction de quelques familles ayant fréquenté les universités d’Europe, des Juifs livournais étaient choisis comme agents consulaires par des puissances européennes comme la France, l’Autriche, l’Angleterre, la Hollande#. La famille Valensi à Tunis en est un exemple type. Des Valensi intervinrent durant les guerres napoléoniennes pour des rapatriements de prisonniers. Un Valensi servit d’accompagnateur au duc de Joinville lors de sa visite en Tunisie. Un autre servit d’intermédiaire lors de la négociation du traité du Bardo. Un Dr Abram Lumbroso, depuis fait baron par le Roi d’Italie, est désigné dans un contrat de mariage comme représentant du royaume de France. Ces liens avec la France conduisirent quelques unes des plus grandes et anciennes familles livournaises de Tunis à ne pas suivre comme les autres le mouvement national italien, et au contraire à opter pour la France. Ce fut le cas notamment des Valensi, des Bonan, des Cattan et d’une branche des Enriques.

Pour autant, les Livournais nationalistes italiens, majoritaires, adoptèrent dans ce conflit une position mesurée. Le Baron Dr Giacomo di Castelnuovo, éminence grise de Cavour, homme de confiance des Beys et négociateur des accords italo-tunisiens de 1869, exposait dans un de ses ouvrages, qu’une présence européenne était souhaitable en Tunisie, mais que si la solution italienne n’était pas viable, il faudrait opter pour une présence française. Ses rapports avec le consul Roustan, dont la maîtresse était génoise, étaient excellents. Curieuse Tunisie où le consul d’Italie était beau-père du député de la Nation française, où tous les notables marseillais sans exception avaient épousé des Génoises. Castelnuovo n’envisageait pas d’ailleurs une colonisation, mais une sphère d’influence. Culturellement francophile, il fut attaqué par la presse piémontaise quand il se fit le promoteur des écoles de l’Alliance Israélite Universelle, privilégiant ainsi l’influence française. Il acquit à ces écoles l’appui de Khereddine, du Bey et de tous les consuls d’Europe. Personne alors n’envisageait d’annexion et le Protectorat, il faut l’admettre, reçut une application dépassant de loin ce qui avait été envisagé au plan international. Patriote, Juif et franc-maçon, Castelnuovo se montra tolérant. Ayant procuré un terrain pour la construction de la nouvelle synagogue de Tunis , il en obtint un également pour la construction de la cathédrale. Député de Vérone dans la droite modérée, il vota pour l’inviolabilité du pape. Il fit décorer l’archevêque de Tunis, Mgr Sutter.

Les droits acquis de Livournais ne furent pas toujours remis en question. Ainsi mon arrière-grand-oncle Guglielmo Guttières Pegna, directeur des Douanes tunisiennes en vertu d’accords antérieurs, resta-t-il en fonction après le Protectorat comme Receveur Principal. À sa mort en 1913 à Paris, le directeur des Finances fit son vibrant éloge.

Les Livournais et la Tunisie

Sans doute les Tunisiens d’aujourd’hui ont-ils oublié cette présence livournaise à Tunis. L’histoire d’une minorité privilégiée heurte toujours le politiquement correct. Le souvenir en reste au moins chez les Andalous, toujours attachés à leur identité et à leur passé. Les Tunisiens éprouvent pourtant la nostalgie du pluralisme. Certes la cohabitation avec les Grana a surtout été vécue au niveau des classes supérieures. Elle a permis à la Tunisie une ouverture sans domination. Les Grana ont reçu du pouvoir des privilèges et obtenu la considération qu’ils attendaient en contrepartie de ce qu’ils avaient apporté. Ils ont permis une société plurielle. En Algérie, les minorités italiennes et espagnoles ont oublié leur culture et se sont fondues dans l’entité française. En Tunisie, l’identité italienne s’est maintenue malgré la colonisation française. L’aurait-elle pu sans la base que représentait cette élite moderne, capable de sauvegarder sa différence tout en maintenant sa maîtrise de la culture française ? La Tunisie tout entière n’a-t-elle pas bénéficié de la coexistence de ces deux cultures greffées sur la sienne propre ? L’intervention, l’an dernier, de mon ami Adriano Salmieri me l’a fait croire. Les notes de voyage de Fernand Braudel m’en ont fait prendre conscience.

Lionel Lévy.

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Certains commencent à reconnaître qu'il y a dans le Coran des appels à la violence contre les autres, contre les non-musulmans. Que ces appels forment une strate assez dense et prégnante du Texte. Que ceux qui dénient cette partie violente ou qui l'ignorent n'ont rien compris au Coran et à leur religion, mais ont simplement décidé, quand ils vivent en Occident, de ne pas s'y référer. Pour eux, le plus urgent c’est d’être en paix avec les autres, d’installer l'idée que l’islam c’est la paix.
Houellebecq y voit malice : dans son roman Soumission, il suggère que l'islam modéré se posera comme seul capable de contrôler ces extrémistes; il a donc besoin que ceci se manifeste pour pouvoir en triompher, tout en leur laissant la bride sur le cou pour ce qui est de rappeler aux Juifs cette évidence : là où règne l'islam, la place des Juifs est comprise. Celle des femmes reste honorable mais secondaire, ce qui résout les problèmes de chômage (elles seront plutôt au foyer); pendant que les problèmes d'investissement seront massivement résolus par les milliards des pétromonarchies. Cela semble farfelu et vraisemblable, surtout si l'on cède sur la critique des strates guerrières et conquérantes de l'islam.
Un des arguments qu'on invente pour « expliquer » les djihadistes, (outre la folie ou la misère - facteurs que l'évidence contredit , mais on y tient, surtout à la misère, c’est clair et c’est culpabilisant), un argument que l'on croit très éclairant, c’est qu’ils ne savent pas lire ; il lisent mal le Texte, ils en ont une lecture figée. L'ennui, c’est que personne pour l'instant ne leur donne la bonne lecture des malédictions insistantes envers les juifs et les chrétiens, et des appels à les combattre. En attendant de leur apprendre à lire, à lire comme nous voulons qu’ils lisent, j'ai montré que le Texte est un être vivant, et que les appels qu'il lance contre les autres, appels qui se transmettent à l'identique depuis des siècles, trouvent forcément des gens zélés et sincères qui les endossent, et qui les mettent en acte. Ces mises en acte sont faites pour honorer la partie par laquelle le Coran se défend des judéo-chrétiens en les dénonçant, comme pour mieux s'approprier leur message, pour mieux montrer que ce n'est pas leur message puisqu'ils refusent de s'y soumettre. Ces actions sont aussi une claque pour les modérés qui, face à l'Occident, maintiennent un déni pure et simple sur l'existence de cette violence. Les extrémistes (c'est-à-dire ceux qui défendent les extrémités, les bordures de l'islam, ses frontières idéologiques avec les autres, frontières qui sont forcément extrêmes), les intégristes violents, sont comme tels un appel aux modérés pour qu'ils prennent leurs responsabilités, pour qu'ils cessent de croire qu'en s'affichant pacifiques, ils rendent l'islam pacifique. Bien sûr, ce serait sympathique de guérir les djihadistes, lecteurs extrêmes, en leur montrant l'énorme richesse de la littérature, en tant qu'elle « lit » et réécrit à sa façon la texture de nos vies, en leur montrant aussi d'autres livres, comme la Bible, nettement plus nuancée, capables de s'en prendre à leurs propres fidèles, etc. Peut toujours leur apprendre la lecture complexe, mais le Texte suscitera toujours des lectures directes, tant qu'on n'a pas affronté cette simple question : les appels violents que lance le Texte envers les autres, comment faire pour les déclarer obsolètes, ayant fait leur temps, sans que les musulmans qui les absorbent (modérés ou radicaux) aient l'impression de les trahir ?

Les versets pacifiques du Coran, qui ne s'en prennent pas aux juifs et aux chrétiens, sont puisés dans les textes judéo-chrétiens. (La plupart des phrases qui parlent de la bonté de Dieu, de sa miséricorde, de sa toute puissance etc., viennent des Psaumes.) Mais la partie violente du Coran, c'est sa frontière idéologique avec les autres, avec les juifs et les chrétiens Il est normal que cette frontière soit agressive : empêcher les autres de pointer les emprunts ou le plagiat, les empêcher de s'expliquer sur leur texte : telle a été la politique des États musulmans envers leurs minorités juive et chrétienne qu'ils ont confinées dans un statut inférieur et dans un silence total concernant l'islam. Il fallait aussi obtenir que les "vrais croyants", les musulmans, n'aient pas la moindre tentation de se convertir au mode de vie de ces autres. Or c'est ce risque qui, aujourd'hui en Europe, est victorieusement empêché ; l'affirmation identitaire musulmane est au contraire très forte, face aux autres identités plus discrètes, retirées, malléables, indéfinies, incertaines... Elle offre une solide appartenance, dont la frange avancée est le djihad. Mais c'est sur les deux plans que l'islam recrute : sur le plan pacifique, par l'adhésion à une identité parfaitement définie et chaleureuse ; et sur le plan plus agressif par la tentation du djihad.
Cette situation, les Européens standard n'ont pas moyen de la comprendre, avec leur pensée rationnelle. S'ils vont dans des pays arabes ou islamiques, ils sont généralement bien reçus, hospitalité oblige, sur le mode personnel ou touristique. Ils n'entrent pas dans la texture, et n'ont aucun moyen de parvenir jusqu'au texte qui parle d'eux. Et quand ils observent des musulmans en Europe, ils voient plutôt des gens qui triment, qui essaient de s'en tirer, qui travaillent, qui sont humbles, qui essaient de donner d'eux une bonne image et qui souvent y arrivent. Ils ignorent que le réacteur textuel sur lequel beaucoup sont branchés, charrie des appels à la haine pour les autres.
On confond deux tolérances : l'une envers l’étranger qu'on peut aider, respecter (la Bible va jusqu’à dire qu’il faut l’aimer, pour se rappeler l’étranger qu’on a en soi ; l’autre envers des textes menaçants qui se transmettent et induisent des lectures agressives.

Jusqu'à présent, la propagande pour éluder ces aspects consiste à dire : « Mais dans la Bible aussi il y a beaucoup de violence. » J'ai déjà dit que la Bible des Juifs est très violente contre les Juifs, pour à la fois les dresser et les maintenir, comme peuple porteur non pas tant d'un message que d'un certain rapport à l'être. La violence guerrière qu'elle soutient concerne la conquête par ce peuple de sa petite terre promise, grande comme un département français ; il fallait bien un pays, un lieu d'être à ce peuple d'esclaves à peine libérés. En outre, cette violence a eu lieu il y a plus de 3000 ans. Depuis, toutes les guerres menées par les royaumes hébreux (Israël et Judah) étaient des guerres défensives, des alliances pathétiques pour sauver leur souveraineté, en vain.
En revanche, aujourd'hui, Israël mène des guerres défensives, et ce n'est pas de sa faute si ses adversaires s'effondrent et lui laissent sur les bras des territoires dont il a rendu une partie, Gaza (devenu un bastion furieux plein de haines et de roquettes) et la Cisjordanie dont il aurait bien rendu la plus grande partie s'il était sûr que ça ne sera pas un autre Gaza, encore plus dangereux, sachant qu'au Nord, le Hezbollah pro-iranien et surarmé s'impatiente d'attaquer. On ne peut pas dire qu'Israel, les Hébreux ou les Juifs veuillent faire leur guerre sainte et ramener le plus de monde dans le giron de leur croyance. Ce n'est pas le genre.

La vérité d'un sujet, qu'il soit individuel ou collectif apparaît dans son exposition à l'autre ; elle excède sa position et la met à l’épreuve. Le monde arabe qui a reçu les intrus européens, les colonialistes, ne s'est pas vraiment exposé à eux, il les a vu comme des intrus, il était en retrait de leur présence, dont il a à la fois profité et souffert. C'est maintenant, en allant en Europe, qu'il s'expose au regard des autres. Même les musulmans restés chez eux, dans leur pays, sont exposés au regard occidental qui se questionne sur leur histoire, leur culture, leur religion. Mais ce regard, brouillé par les larmes de la culpabilité, ne voit pas grand-chose.

http://danielsibony.typepad.fr/danielsibony/2015/02/meilleure-connaissance-de-lislam.html

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Un livre dont j’ai fait une présentation en neuf parties sur ce blog même.

Un livre dont j’ai fait une présentation en neuf parties sur ce blog même.

On pensera que par ce titre, je force la note. Il n’en est rien. J’exprime un sentiment que m’ont transmis mes antennes ; et je crois en elles. La France m’inquiète, je le redis. La France m’inquiète car les mots y sont à présent chargés d’une terrible ambiguité ; ils sont de plus en plus imprécis. Or, cette imprécision et cette ambiguité brouillent la communication. Des mots essentiels sont devenus des fourre-tout ; ils contribuent à une incompréhension grandissante et une violence latente.

La gauche est en partie responsable de cet état de chose. Et loin de moi l’idée de régler des comptes à tout-va. La gauche a commencé par faire un usage massif du mot « raciste » afin de railler à elle toutes les bonnes âmes. La gauche — il ne sera question dans cet article que de la gauche française — a subrepticement dérobé à l’Église ses pouvoirs, l’air de rien. Je ne dis pas qu’il s’agit d’un calcul. Je ne suis pas un adepte de la Théorie du Complot que je combats autant que je le peux : elle est destinée aux esprits paresseux, aux adeptes de la sieste éternelle. La chose s’est probablement faite à son insu. La gauche française telle que je l’ai connue s’est présentée comme gardienne de la morale, détentrice du Vrai et de la Justice, la question de la Vérité étant inséparable de celle de la Justice. La gauche française s’est vue dotée de rentes morales considérables.

Cette gauche si diverse a vu passer dans ses rangs des femmes et des hommes de courage, il serait injuste de le nier. Mais ces femmes et ces hommes sont morts avant ma naissance car j’ai plutôt connu des opportunistes, des paresseux ou des profiteurs. Il suffisait — et il suffit encore — de se dire de gauche pour se voir placé sur le trône du Beau-Bien-Vrai d’où pérorer et distribuer bons et mauvais points. La France subit ces gommeux depuis des décennies. Mais quand vont-ils enfin prendre leur retraite ?

Ces forces molles étouffent toute expression dans le pays. Ces prébendés refusent de nommer car ils ne veulent en aucun cas que leur tranquillité soit troublée. Il s’agit d’émousser tout tranchant ou toute pointe et d’engluer tout mouvement. Ces forces sévissent depuis trop longtemps dans un pays que j’ai quitté, en partie pour échapper à leur emprise, à l’ambiance résolument déprimante qu’elles y ont instaurée.

Ne pas vouloir nommer par manque de courage — par crainte de voir son confort entamé — prépare la catastrophe de demain. Il faut relire ce que dit Georges Bensoussan, auteur des « Territoires perdus de la République » dans un récent interview (postérieur aux attentats du 11 janvier 2015) avec le journaliste Régis Soubrouillard. A la question : « De nombreux témoignages rapportent que des chefs d’établissements préfèrent composer pour ne pas avoir d’ennui. Est-ce un constat que vous faisiez déjà en 2002 ? », Georges Bensoussan répond : « Le constat était déjà frappant à l’époque entre ce qui remontait au ministère de l’Éducation nationale, rue de Grenelle, et ce que les professeurs racontaient du terrain. Nous avions le sentiment en les écoutant que les incidents étaient plus nombreux qu’on ne le disait et pas limités au seul département de la Seine-Saint-Denis. Le ministère, lui, continuait à parler d’incidents isolés. Les concordances étaient trop nombreuses pour que cela ne soit que le fait du hasard. Faire remonter les incidents jusqu’à la rue de Grenelle, c’est pour un chef d’établissement prendre le risque d’être mal noté et mal perçu. Bref, c’est mettre dans la balance son plan de carrière (…). Ce système encourage le silence et le mensonge (…). On compose donc avec la nourriture Halal par exemple (le porc à la cantine), les horaires de piscine, les tenues pour l’éducation physique etc. Mais plus on compose, plus la laïcité recule et plus on donne l’impression d’une République molle. L’offensive islamiste se nourrit de notre faiblesse, c’est-à-dire de cette lâcheté, en dehors même du mensonge de quelques intellectuels qui furent de véritables « chiens de garde » (au sens de Paul Nizan en 1926), des spécialistes du déni et de l’anathème. » A bon entendeur, salut ! Donc, entre les prébendés dispensateurs de leçons de morale et le carriérisme petit-bourgeois, on s’achemine lentement vers un horizon d’une atterrante médiocrité.

Ces petits-bourgeois savent-ils que selon le rapport Obin de 2004 (il y a plus de dix ans !), il n’y avait plus un seul enfant juif dans certaines écoles publiques du 93 ? Mais suivant la logique des prébendés de la gauche, ce rapport ne peut qu’émaner de « racistes » (l’un de ces mots fourre-tout) ou d’« islamophobes » (un néologisme copieusement servi), puisqu’il dérange leurs mécanismes mentaux et porte préjudice à leur tranquillité. Georges Bensoussan termine son interview en demandant à ce qu’on invite plus souvent sur les plateaux de télévision le géographe Christophe Guilluy ou la démographe Michèle Tribalat, pour ne citer qu’eux. Il invite à réfléchir sur les analyses politiques de Malika Sorel-Sutter ou de Pierre-André Taguieff plutôt que d’inviter ceux et celles qui nous servent le ronron du camp du Bien.

Les partisans du Beau-Bien-Vrai et les petits-bourgeois fonctionnarisés ne veulent rien comprendre, ils éludent tout ce qui risque de perturber leur confort tant physique que mental. Le constat est affreux. Ils ne pensent qu’à prendre la pose. Ils jugent que la vérité est dangereuse, c’est pourquoi ils sont si néfastes. Ils passeront certes mais ils occupent le devant de la scène médiatique en France depuis une quarantaine d’années. On les croit à l’agonie, on guette leur dernier souffle ; mais ces vieilles carnes sont résistantes et bavardes, si bavardes…

Le courage et la lucidité ne sont pas à rechercher du côté de cette gauche si contente d’elle-même, si « tolérante », mais ailleurs, notamment du côté de ces intellectuels du Maghreb qui, eux, risquent leur confort voire leur vie. Parmi eux : Kamel Daoud, Boualem Sansal, Mohamed Kacimi, Fethi Benslama, Abdelwahab Meddeb, Abdennour Bidar.

Olivier Ypsilantis

http://zakhor-online.com/?p=8900

Hanna says:

February 24, 2015 at 8:40 am

Très lucide et très triste article Olivier. La France vit une grave crise d’identité et s’enfonce dans une lâcheté effrayante. Mais quand vous parlez des hommes héroïques de gauche (ou de droite!) que la France a connu, il faut se souvenir que pour la majorité des gens de cette époque, la vie n’était que lâcheté et compromission. Ce qui renforce beaucoup l’admiration que nous pouvons porter aux véritables héros. Nous vivons dans une époque similaire et seule une poignée d’hommes est lucide et décidée comme ces intellectuels maghrébins et d’autres anonymes qui doivent se sentir bien seuls.

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RIPOSTE SEFARADE

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